22 janvier 2003 : le jour où Roddick a battu El Aynaoui 21-19 au 5e set en quart de finale de l’Open d’Australie

Le 22 janvier 2003, en quarts de finale de l’Open d’Australie, Andy Roddick et Younès El Aynaoui livrent l’un des plus beaux matchs de l’histoire du tournoi.

On this day, 22.01.2021

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Un énorme combat 

Ce jour-là, le 22 janvier 2003, en quarts de finale de l’Open d’Australie, Andy Roddick et Younès El Aynaoui livrent l’un des plus beaux matchs de l’histoire du tournoi. Le jeune Américain s’impose à l’arraché (4-6, 7-6, 4-6, 6-4, 21-19), à l’issue de ce qui est à l’époque le plus long cinquième set de l’histoire du Grand Chelem en termes de durée (2 heures et 23 minutes) ou en termes de nombre de jeux (40). 

Les acteurs

Andy Roddick, star montante

L’Américain Andy Roddick est né en 1982.  Il se révèle au grand public en 2001, à 19 ans, en remportant ses trois premiers tournois sur le circuit ainsi qu’en se hissant pour la première en quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem, à l’US Open (éliminé par Lleyton Hewitt, 6-7, 6-3, 6-4, 3-6, 6-4), pour terminer la saison à la 14e place mondiale. Son arme principale est bien entendu son énorme service : cette année-là, il établit le record du plus grand nombre d’aces servis en un seul match à Roland-Garros, lors de sa victoire en cinq sets contre Michael Chang. Il possède également un coup droit très puissant, une grosse présence physique et une combativité hors-norme.En 2002, Roddick confirme son nouveau statut. Il s’adjuge deux nouveaux titres (notamment le tournoi de Memphis, où il bat en finale James Blake, 6-4, 3-6, 7-5), et atteint la finale à Toronto (battu par Guillermo Canas, 6-4, 7-5). Il termine l’année à la 10e place mondiale.

Andy Roddick - Bercy 2003

Younes El Aynaoui, un des meilleurs joueurs marocains de l’histoire 

Younes El Aynaoui, né en 1971, fait partie d’une génération dorée de joueurs de tennis marocains, avec Hicham Arazi et Karim Alami. El Aynaoui intègre pour la première fois le top 100 en 1996, année au cours de laquelle il dispute les finales des tournois de Doha, Jakarta et Amsterdam, mais une sérieuse blessure à la cheville gâche le reste de sa saison ainsi que la suivante. En 1999, il remporte son premier titre à Amsterdam, en battant en finale Mariano Zabaleta (6-0, 6-3), puis, en 2000, il se hisse en quarts de finale de l’Open d’Australie (éliminé par Ievgueni Kafelnikov, 6-0, 6-3, 7-6). Il franchit un cap en 2002, en s’adjugeant trois titres (le plus important à Doha, aux dépens de Felix Mantilla, 4-6, 6-2, 6-2) et en disputant deux autres finales. Ayant atteint les quarts de finale de l’US Open (défait par Lleyton Hewitt, 6-1, 7-6, 4-6, 6-2), il grimpe à la 18e place mondiale, son meilleur classement à ce jour. 

Le lieu : l’Open d’Australie, à Melbourne

Contrairement aux autres tournois du Grand Chelem, l’Open d’Australie (d’abord appelé Championnat d’Australasie puis Championnat d’Australie) a changé plusieurs fois de lieu au fil des ans. L’épreuve changeait même de ville chaque année avant de s’installer à Melbourne en 1972, et pas moins de cinq villes australiennes l’ont accueillie à au moins trois reprises : Melbourne, Sydney, Adelaide, Brisbane et Perth. Ses dates ont été assez mouvantes également, entre début décembre et fin janvier, faisant de l’Open d’Australie parfois le premier, parfois le dernier Grand Chelem de la saison. Jusqu’en 1982, la plupart des meilleurs joueurs font l’impasse sur l’épreuve en raison de son éloignement et des prix insuffisants, mais à partir de la victoire de Mats Wilander, la dynamique change. Pour rendre le tournoi plus attractif, le comité du tournoi déploie d’énormes efforts qui mènent au déménagement de l’épreuve vers un nouveau site, Flinders Park (qui sera plus tard renommé Melbourne Park), à l’abandon du gazon pour des courts en dur, et à la construction du premier court central doté d’un toit rétractable. La dotation augmente également, et il ne faut alors que quelques années pour que l’Open d’Australie devienne le Grand Chelem préféré de nombreux joueurs. 

L’histoire : Roddick a sauvé une balle de match

Lors de l’Open d’Australie 2003, retrouver Younès El Aynaoui en quarts de finale,  en face de l’étoile montante Andy Roddick, est une réelle déception pour le public australien, qui espérait assister à un duel entre Roddick et le chouchou local, Lleyton Hewitt, alors n°1 mondial.  Le Marocain a en effet éliminé Hewitt en huitièmes de finale, pour atteindre les quarts d’un tournoi du Grand Chelem pour la troisième fois de sa carrière.

La déception initiale cède finalement la place à l’enthousiasme alors que les deux joueurs réalisent une superbe performance, et ne peuvent se départager qu’à l’issue d’un cinquième set mémorable. Cette manche décisive de deux heures et 23 minutes dure à elle seule presque aussi longtemps que les quatre premières ! Bien qu’El Aynaoui se procure une balle de match à 5-4, c’est Roddick qui finit par s’imposer, 21-19, bouclant ainsi le cinquième set le plus long de l’Ère open en termes de nombre de jeux également.

« Il n’y avait plus de stratégie à la fin du cinquième set », affirme Roddick, selon la BBC. « Je pense que c’était de la pure bagarre. C’était plus une histoire de cœur. »

« Même si j’ai perdu, je suis heureux. Je suis passé tout près de remporter ce match », commente El Aynaoui, d’après L’Équipe.  Je suis tombé sur un adversaire coriace qui m’a sorti un coup superbe sur la seule balle de match que je me suis procurée. Je pense que les gens ont réalisé que je pouvais jouer à un bon niveau. Ce que ça va changer ? Déjà, qu’on ne me prenne plus pour James Blake, peut-être. »

À l’issue de ce match de légende, les joueurs se donnent une sportive accolade. Ils quittent le court en tirant la révérence, bien conscients d’avoir écrit une page de l’histoire de leur sport.

« Les souvenirs de mon match avec Younes sont incroyables », dira Roddick en 2017, cité par Fox Sports Australia. « Vous savez, c’était un match tellement intense. C’était sur le court central, en session nocturne. Je me souviens que je me promenais sans problème dans Melbourne avant ce match, et puis tout d’un coup le lendemain, je suis allé prendre un café et les gens me reconnaissaient, ce qui était fou pour moi, surtout en dehors des États-Unis. »

La postérité du moment

Andy Roddick, qui s’était déjà sorti d’une bagarre en cinq manches contre Mikhail Youzhny au tour précédent, sera éliminé par Rainer Schuettler en demi-finale (7-5, 2-6, 6-3, 6-3). 

2003 sera la plus grande saison d’« A-Rod », au cours de laquelle il remportera son premier et unique titre du Grand Chelem, venant à bout de Ferrero en finale de l’US Open (6-3, 7-6, 7-6). Il deviendra même n°1 mondial au mois de novembre. Roddick ne restera n°1 mondial que 13 semaines avant que Roger Federer n’accède à la première place mondiale pour une durée record de 237 semaines consécutives. Roddick disputera encore quatre finales de Grand Chelem, qu’il perdra toutes contre Federer : trois à Wimbledon (2004, 2005, 2009) et une à l’US Open (2006). Il prendra sa retraite à l’issue de la saison 2012.

Younès El Aynaoui obtiendra le meilleur classement de sa carrière, 14e mondial, quelques semaines après l’Open d’Australie. À l’US Open, il atteindra pour la dernière fois les quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem (éliminé par David Nalbandian, 7-6, 6-2, 3-6, 7-5). 

Leur duel mythique à l’Open d’Australie restera le seul affrontement entre les deux hommes. Les records établis par leur cinquième set seront pulvérisés en 2010, à Wimbledon, lorsque John Isner battra Nicolas Mahut 70-68 à l’issue d’une manche de plus de huit heures.

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