23 mai 1994 : Le jour où Navratilova a fait ses premiers adieux à Roland-Garros et brisé sa première raquette

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 23 mai 1994, Martina Navratilova, disputait ce qu’elle pensait être son dernier match à Roland-Garros.

23 mai 2021
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Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi ça a marqué l’histoire du tennis

Le 23 mai 1994, Martina Navratilova, 37 ans et 4e mondiale, pour sa dernière apparition à Roland-Garros, tombe dès le premier tour face à Miriam Oremans, 54e mondiale (6-4, 6-4). Elle participait au tournoi pour la première fois depuis 1988, à l’occasion de sa dernière saison sur le circuit.

Véritable légende de son sport, deux fois victorieuse et quatre fois finaliste à Roland-Garros dans les années 1980, sa venue était un événement pour le public parisien et la voir quitter le tournoi aussitôt est un vrai choc, d’autant que Navratilova ne s’était pas inclinée au premier tour d’un tournoi du Grand Chelem depuis 1976.

Les actrices

  • Martina Navratilova, la légende du tennis féminin

Martina Navratilova, née en 1956 en Tchécoslovaquie, est « la plus grande joueuse de simple, de double et de double mixte ayant jamais vécu », selon Billie Jean King. Depuis le début de l’ère Open en 1968, personne, hommes et femmes confondus, n’a gagné plus de tournois que Navratilova en simple (167) ni en double (177), et personne n’a gagné plus de matches qu’elle (2189). 

Navratilova a gagné un total de 18 tournois du Grand Chelem en simple, avec un record de 9 titres à Wimbledon, dont 6 gagnés consécutivement entre 1982 et 1987. En 1994, elle a déjà accumulé 31 titres majeurs en double et 7 en double mixte. Il ne lui manque que la couronne du double mixte à l’Open d’Australie pour boucler le « Grand Chelem total », qui consiste à remporter les quatre tournois du Grand Chelem à la fois en simple, en double et en double mixte.

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Elle détient également un record de six tournois du Grand Chelem gagnés à la suite, entre Wimbledon 1983 et l’US Open 1984 (l’Open d’Australie se jouait alors en décembre), et a occupé la première place mondiale pendant 322 semaines. C’est encore un record en 1994.

Navratilova, gauchère, pratique le service-volée mieux que quiconque auparavant. D’après sa rivale Chris Evert, elle a révolutionné la condition physique dans le tennis féminin, apportant notamment l’idée de pratiquer d’autres sports, tel le basket-ball, pour s’entraîner physiquement.

La carrière de Navratilova a été marquée par sa rivalité avec Evert, qu’elle a affrontée à 80 reprises (un record), avec un rapport de 43-37 en sa faveur, bien qu’Evert ait gagné 21 de leurs 25 premiers affrontements. Leurs rencontres étaient d’autant plus passionnantes que leurs styles de jeu étaient opposés, Navratilova montant systématiquement au filet tandis qu’Evert jouait un tennis plus défensif. D’ailleurs, à Roland-Garros, elles ont croisé le fer quatre fois en finale et Evert, la joueuse de fond de court, a dominé Navratilova à trois reprises (en 1976, 1985 et 1986), tandis que la Tchèque n’a pris le dessus qu’une fois, en 1984.

Plus tard dans sa carrière, Navratilova doit faire face à son adversaire la plus rude en la matière, sa cadette de douze ans, Steffi Graf. L’Allemande remporte quatre de leurs six rencontres en finale de Grand Chelem et la renverse de son trône de numéro 1 mondiale le 17 août 1987.

Le dernier titre du Grand Chelem inscrit par Navratilova à son palmarès date de 1990, où elle bat Zina Garrison en finale de Wimbledon (6-4, 6-1) pour s’y adjuger son neuvième trophée. En mai 1994, toujours 4e mondiale, elle n’a plus quitté le Top 10 depuis 1976.

  • Oremans, un modeste bourreau

La Néerlandaise Miriam Oremans est née en 1972. Elle obtient son meilleur classement, 25e mondiale, en 1993, après avoir atteint sa première finale chez les pros à Eastbourne (vaincue par Navratilova, 2-6, 6-2, 6-3) et les huitièmes de finale à Wimbledon (battue par Jana Novotna, 7-5, 4-6, 6-4). Elle est redescendue au classement en 1994 suite à une blessure survenue avant l’Open d’Australie et, en arrivant à Roland-Garros, elle n’a plus gagné un match dans un tableau principal depuis le début de mois de mars.

Le lieu : Roland-Garros

Cette histoire a lieu à Roland-Garros. Le stade, situé dans l’ouest parisien, à la lisière du bois de Boulogne, accueille les Internationaux de France depuis 1928. Ce fut le premier et désormais le seul tournoi du Grand Chelem sur terre battue, la surface la plus lente, ce qui en fait le tournoi le plus difficile à gagner sur le plan physique.

Avec la domination des joueurs de fond de court comme Bjorn Borg et Chris Evert, gagner Roland-Garros est devenu le plus grand défi pour les attaquants. Dans les années 1980, seuls deux joueurs parviennent à s’y imposer en pratiquant le service-volée : Yannick Noah, en 1983, et Martina Navratilova, en 1982 et 1984. Cela explique pourquoi Navratilova a fait l’impasse cinq années de suite sur un tournoi aussi important.

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L’histoire

Martina Navratilova est de retour à Paris. Bien qu’elle ait fait l’impasse sur les cinq dernières éditions du tournoi, et bien que son jeu de service-volée semble moins efficace sur terre battue que par le passé, elle est toujours 4e mondiale, à 37 ans. Elle vient d’ailleurs d’atteindre la finale à Rome, il y a à peine plus d’une semaine (battue par Conchita Martinez, 7-6, 6-4).

Face à la légende du tennis, ses 167 titres en carrière et ses 18 tournois du Grand Chelem, se trouve Miriam Oremans, 54e mondiale, qui n’a encore jamais glané le moindre titre sur le circuit, et dont le meilleur résultat en Grand Chelem reste un huitième de finale à Wimbledon, en 1993.

Ainsi, le 23 mai 1994, pour son premier tour, Navratilova est la favorite lorsqu’elle pénètre sur le court 1 de Roland-Garros. Oremans n’a cependant pas l’intention de s’effacer et joue crânement sa chance. Navratilova manque étonnamment de longueur, et son adversaire commence à la déplacer aux quatre coins du court. Une physionomie de match préjudiciable à Navratilova, au vu de leur différence d’âge. Lorsqu’elle faisait ses premiers pas sur le circuit, en 1973, la Néerlandaise, âgée de un an, faisait ses (authentiques) premiers pas.

Navratilova n’est que l’ombre d’elle-même et lâche la première manche, 6-4. Au deuxième set, elle a bien une lueur d’espoir lorsqu’elle obtient deux balles de break à 3-2. Mais Oremans les sauve avec courage et conserve sa mise en jeu. Peu après, Navratilova, menée 5-4, est à un point de la défaite. La Néerlandaise monte au filet et le passing de revers de Navratilova est trop long. L’Américaine s’incline pour la première fois au premier tour d’un tournoi du Grand Chelem depuis l’US Open 1976. Oremans avait trois ans.

La gauchère est tellement déçue qu’elle fracasse sa raquette, et de la déposer dans la poubelle, avant de quitter le court en agitant vaguement la main pour saluer le public, tout en esquivant l’interview de Nelson Monfort. Plus tard, elle expliquera au LA Times :

“Je n’avais jamais fait ça auparavant [casser sa raquette]. J’espère ne jamais recommencer. Mais à ce moment-là j’était trop déçue pour en avoir quelque chose à faire ».

“J’en ai les yeux humides”, dit-elle. “Je pense que c’est pour ça que perdre m’a autant affectée, parce que je sais que c’est la dernière fois”. “Je vais finalement aller visiter le Louvre”, ajoute-t-elle enfin, terminant sur une note plus positive.

La postérité du moment

Miriam Oremans ira jusqu’au troisième tour de ces Internationaux de France 1994, où elle perdra contre Petra Schwartz (4-6, 6-2, 6-1). Le plus grand moment de sa carrière sera sa médaille d’argent en double aux Jeux Olympiques de Sydney, en 2000. Elle ne remportera jamais le moindre tournoi.

Martina Navratilova réussira bien mieux ses adieux à Wimbledon. Elle y atteindra même la finale, où elle s’inclinera en trois manches face à Conchita Martinez (6-4, 4-6, 6-3). Cette fois, elle communiera bien plus avec le public et recevra une « standing ovation », à la hauteur de ses neuf titres remportés au All England Club. 

En 2000, Navratilova reviendra sur le circuit, principalement en double. A l’Open d’Australie 2003, en s’imposant en double mixte, associée à Leander Paes, elle complètera à 46 ans son « Grand Chelem total ». Personne, hommes et femmes confondus, n’avait encore triomphé en Grand Chelem à un âge aussi avancé.

En 2004, elle recevra une invitation controversée dans le tableau de simple à Wimbledon. Agée de 47 ans, elle passera néanmoins le premier tour, écartant la 102e mondiale Catalina Castano (6-0, 6-2), avant de perdre contre Gisela Dulko, 59e mondiale (3-6, 6-3, 6-3). En 2006, à quelques semaines de son 50e anniversaire, elle gagnera le double mixte à l’US Open, associée à Bob Bryan, et sur cette dernière victoire, mettra un terme définitif à sa carrière.

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