26 novembre 1998 : le jour où Sampras a terminé la saison numéro un pour la sixième année consécutive

Le 26 novembre 1998, Pete Sampras, en plein Masters, s’assure de terminer la saison à la première place mondiale pour la sixième année consécutive.

Pete Sampras, On this day

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Sampras, leader incontesté

Ce jour-là, le 26 novembre 1998, Pete Sampras, en plein Masters, s’assure de terminer la saison à la première place mondiale pour la sixième année consécutive. De manière assez ironique, la nouvelle tombe pendant son jour de repos, lorsque le n°2 mondial, Marcelo Rios, annonce son forfait pour la suite du tournoi. Pistol Pete est ainsi récompensé pour ses labeurs, lui qui a joué pendant six semaines d’affilée pour essayer de finir l’année au sommet et de battre le record de Jimmy Connors, qui avait terminé cinq saisons de suite en tant que n°1 mondial.

L’acteur :

Pete Sampras, le plus grand

Pete Sampras, né en 1971, a dominé le tennis des années 1990. Après un premier titre du Grand Chelem conquis à l’US Open 1990 (où il devient le plus jeune vainqueur de l’histoire du tournoi, aux dépens de son éternel rival Andre Agassi, 6-4 6-3 6-2), il devient numéro 1 mondial en avril 1993. Il termine les six saisons suivantes (1993-1998) à cette place, établissant un record toujours invaincu vingt-deux plus tard. Son jeu de service-volée est particulièrement efficace sur le gazon du All England Club, où il décroche cinq titres entre 1993 et 1998,  affichant 39 victoires pour une seule défaite (le seul homme à le terrasser est Richard Krajicek, en quarts de finale de l’édition 1996, 7-5 7-6 6-4). Pete Sampras remporte quatre fois l’US Open (1990, 1993, 1995, 1996), et deux fois l’Open d’Australie (1994, 1997), et ne se trouve plus qu’à deux longueurs du record de Roy Emerson de 13 titres du Grand Chelem. De plus, l’Américain s’impose aussi à quatre reprises au Masters, accumulant un total de 57 titres au long de sa carrière. A l’époque, comme il vient d’égaler le record, détenu par Ivan Lendl, du nombre de semaines passées au sommet du classement ATP (286), il aurait été sans conteste le plus grand joueur de tous les temps, s’il n’avait pas eu sa faiblesse sur terre battue : son meilleur résultat à Roland-Garros est une demi-finale perdue contre Yevgeny Kafelnikov en 1996 (7-6 6-0 6-2), et il n’a plus jamais atteint la deuxième semaine du tournoi depuis. 

Pete Sampras, Monte-Carlo 1999

Le lieu : Hanovre

Créé en 1970, le Masters est le rendez-vous de fin d’année des huit meilleurs joueurs du monde. Au départ, il change de lieu chaque année, avant de s’installer au Madison Square Garden de New York, de 1977 à 1989. Depuis, le tournoi a voyagé, passant par Francfort (1990-1995) avant de poser ses valises à Hanovre en 1996. Étant donné que chaque année, seuls les huit meilleurs joueurs se qualifient pour le Masters, les plus grands joueurs de tennis figurent au palmarès de l’épreuve.

L’histoire : Le record pour Pistol Pete

Bien qu’il soit toujours n°1 mondial, la domination de Pete Sampras a été sérieusement remise en question en 1998. Pour la première fois depuis deux ans, un nouveau joueur a réussi à s’asseoir sur le trône : il s’agit du Chilien Marcelo Rios, qui ne passe toutefois que six semaines au sommet. Bien en-dessous de son niveau habituel en première partie de saison, Sampras renaît en son jardin de Wimbledon, où il s’offre un cinquième titre, survivant à un véritable thriller en finale face à Goran Ivanisevic (6-7, 7-6, 6-4, 3-6, 6-2). Il reprend alors les commandes du circuit, le 14 août 1998. Au cours de l’été, il est battu deux fois par Patrick Rafter, la première fois en finale de Cincinnati (1-6, 7-6, 6-4) et la seconde fois en demi-finale de l’US Open (6-7, 6-4, 2-6, 6-4, 6-3). A ce moment-là, Sampras n’est pas certain de terminer l’année à la première place mondiale, ce qui devient son principal objectif de la fin de saison. En effet, après avoir égalé le record de Connors en étant champion du monde cinq fois d’affilée, il a maintenant la possibilité d’établir un nouveau record. Pour y parvenir, Pistol Pete prévoit de participer à six tournois entre l’US Open et le Masters, au lieu des trois épreuves qu’il dispute généralement à cette même période.

Sa folle tournée européenne commence à Bâle avec une défaite au premier tour contre Wayne Ferreira (4-6, 7-6, 6-3), mais il s’impose ensuite à Vienne (aux dépens de Karol Kucera, 6-3, 7-6, 6-1), avant d’aller en demi-finales de Stuttgart (battu par Richard Krajicek, 6-7, 6-4, 7-6) et de se hisser en fianle de Paris-Bercy, battu par Greg Rusedski (6-4, 7-6, 6-3). Pendant ce temps, son concurrent pour la première place, Marcelo Rios, participe lui aussi à six tournois, voyageant de Munich à Singapour avant de revenir en Europe. Dans une tentative désespérée de dépasser Sampras, il retourne même au Chili pour disputer le tournoi de Santiago entre Bercy et le Masters, qui a lieu à Hanovre.

Juste avant le Masters, Sampras perd au premier tour du tournoi de Stockholm contre Jason Stoltenberg (7-6, 4-6, 6-4). Il y montre des signes évidents de fatigue mentale : le n°1 mondial, connu pour son fair-play et son attitude exemplaire, y écope même d’un avertissement pour jet de raquette.

Malgré ce mauvais résultat, Sampras est toujours en bonne position pour atteindre son but. Il a 33 points d’avance sur Rios, qui, pour le doubler, est obligé d’obtenir un meilleur résultat que lui au Masters. Sampras commence son tournoi par une victoire sur Yevgeny Kafelnikov (6-2, 6-4), alors que Rios perd son premier match face à Tim Henman (7-6, 6-1).

A l’issue de son deuxième match, où il bat le vainqueur de Roland-Garros, Carlos Moya, Pistol Pete se qualifie pour les demi-finales : Rios, programmé le lendemain, est maintenant tenu de gagner ses deux prochains matches de poule.

Le Chilien n’aura pas l’occasion de tenter sa chance. Le 26 novembre, il annonce que, blessé au dos, il doit déclarer forfait pour la suite du tournoi. Sans jouer, Sampras est à présent assuré de finir l’année au sommet du classement ATP pour la sixième fois consécutive, un exploit unique dans l’histoire du tennis.

“J’étais à l’hôtel en train de manger des pâtes”, raconte-t-il aux journalistes. “C’est alors que j’ai appris qu’il déclarait forfait. C’était une sensation assez étrange. Je pensais que j’aurais un match à gagner, ou bien qu’il faudrait que je gagne le tournoi, ou quelque chose. C’est un peu ironique, comme dénouement.”

Interrogé sur la pression qui pesait sur ses épaules au cours des semaines précédentes, il explique :

“Je ne vois pas ça comme une contrainte ; je vois ça comme un accomplissement ultime. C’est un record dont je pressens qu’il ne sera jamais battu, et j’en étais conscient. Je savais, ces derniers mois, que c’était maintenant ou jamais. Je me disais, ‘C’est mon occasion de le faire.’ Devenir n°1 est une chose, mais le rester en est une autre. C’est deux fois plus difficile. Être resté au sommet pendant la majorité de ma carrière, c’est un peu étourdissant. On a vu par le passé que beaucoup de joueurs n’ont pas su gérer cette pression ou ne l’ont pas appréciée. Je suis à l’aise avec le fait d’être n°1 mondial, et ça aide beaucoup.”

La postérité du moment

Pete Sampras s’inclinera ensuite en demi-finale face au futur vainqueur de l’épreuve, Alex Corretja (4-6, 6-3, 7-6). Épuisé par sa quête du record, il perdra sa place de n°1 mondial en 1999, détrôné par Agassi, mais il sauvera néanmoins sa saison avec un sixième succès à Wimbledon et un cinquième titre au Masters, à chaque fois aux dépens de son vieux rival. En 2000, Sampras remportera même un septième Wimbledon (un record, à l’époque), aux dépens de Patrick Rafter (6-7, 7-6, 6-4, 6-2), et cette même année, le 19 novembre, il apparaîtra pour la dernière fois au sommet du classement ATP. Il y aura passé 286 semaines, ce qui en son temps constituait un record absolu. Il prendra sa retraite en 2003, quelques mois après avoir gagné son 14e titre du Grand Chelem (encore un record), en battant son rival Andre Agassi en finale de l’US Open (6-3, 6-4, 5-7, 6-4).

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