31 décembre 1977 : le jour où Vitas Gerulaitis a remporté son unique Grand Chelem à l’Open d’Australie

Le 31 décembre 1977, Vitas Gerulaitis s’offre son premier et unique titre du Grand Chelem, en battant John Lloyd en finale de l’Open d’Australie.

On this day 31.12.2020

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Vitas Gerulaitis a réalisé son rêve

Ce jour-là, le 31 décembre 1977, Vitas Gerulaitis s’offre un réveillon exceptionnel en s’adjugeant son premier et unique titre du Grand Chelem, en battant John Lloyd en finale de l’Open d’Australie (6-3, 7-6, 5-7, 3-6, 6-2). L’Américain, qui avait perdu quelque mois une demi-finale épique contre Bjorn Borg à Wimbledon, était le favori d’un tournoi privé des meilleurs joueurs mondiaux, mais la victoire est près de lui échapper au dernier moment contre l’inattendu Britannique. 

Les acteurs

Né en 1954, Vitas Gerulaitis est célèbre pour sa personnalité en-dehors du court. D’après The Independant, « personne n’a autant contribué à faire du tennis le sport le plus à la mode ». ‘Broadway Vitas’, playboy ultime du tennis, sort avec des actrices et des mannequins, joue dans un groupe de rock, fait la fête jusqu’au petit matin. Surnommé “le Lion de Lituanie” en raison de ses origines familiales, le New Yorkais assume sa réputation. « Si je pouvais avoir autant de succès sur le court que j’en ai en-dehors, je serais numéro 1 mondial, » dit-il lui-même. Néanmoins, Gerulaitis est un excellent joueur, qui a remporté le premier de ses sept titres à Vienne, aux dépens d’Andrew Pattison (6-3, 3-6, 6-4, 6-2). En 1977, sa carrière prend une nouvelle dimension lorsqu’il remporte son tournoi le plus important à ce jour, l’Open de Monte-Carlo (battant en finale Antonio Zugarelli, 6-2, 7-6, 3-6, 7-6). À présent membre du top 10, il parvient en demi-finale de Wimbledon, où il dispute l’un des plus beaux matches de l’histoire du tournoi, bien qu’il finisse par s’incliner face à Bjorn Borg à l’issue d’un énorme combat de cinq manches (6-4, 3-6, 6-3, 3-6, 8-6). Lors de la tournée australienne de fin d’année, il ajoute deux titres à son palmarès, s’imposant à Perth et à Brisbane, et à l’entame de l’Open d’Australie, il est 5e mondial.

Le Britannique John Lloyd, né en 1954, suit les traces de son frère aîné, Davis, lui aussi joueur de tennis. Lloyd remporte son premier et unique titre en 1974, à Merion, aux dépens de John Whitlinger (6-0, 4-6, 6-3, 7-5). En Grand Chelem, son meilleur résultat est d’avoir atteint le troisième tour, une performance réalisée à Wimbledon en 1973 (éliminé par Vijay Amritraj, 7-5, 6-4, 3-6, 2-6, 7-5) ainsi qu’à l’US Open en 1976 (battu par Bjorn Borg, 6-3, 6-3). Au cours de la saison 1977, Lloyd dispute deux finales, à Bâle puis à Wembley, mais il y est à chaque fois sèchement dominé par Borg. En décembre 1977, il est 40e mondial.

Le lieu : l’Open d’Australie, à Melbourne

Contrairement aux autres tournois du Grand Chelem, l’Open d’Australie (d’abord appelé Championnat d’Australasie puis Championnat d’Australie) a changé plusieurs fois de lieu au fil des ans. L’épreuve changeait même de ville chaque année avant de s’installer à Melbourne en 1972, et pas moins de cinq villes australiennes l’ont accueillie à au moins trois reprises : Melbourne, Sydney, Adelaide, Brisbane et Perth. Ses dates ont été assez mouvantes également, entre début décembre et fin janvier, faisant de l’Open d’Australie parfois le premier, parfois le dernier Grand Chelem de la saison. À l’époque, la plupart des meilleurs joueurs font l’impasse sur l’épreuve en raison de son éloignement et des prix insuffisants. En 1977, afin d’attirer les meilleurs, les organisateurs ont décidé d’organiser un deuxième tournoi, plus tôt au mois de décembre.

L’histoire : Grand favori, Gerulaitis a failli tout perdre

À l’Open d’Australie 1977, le pari des organisateurs d’organiser un deuxième tournoi avant Noël pour attirer les meilleurs joueurs du monde ne s’est pas avéré payant. Bjorn Borg et Jimmy Connors sont absents, et Guillermo Vilas, finaliste de l’édition précédente, fait lui aussi l’impasse sur le tournoi. Les premières têtes de série sont Vitas Gerulaitis et Roscoe Tanner, suivis par les vétérans australiens Tony Roche et Ken Rosewall (alors âgé de 43 ans). 

Après la défaite de Tanner au premier round, Vitas Gerulaitis devient le grand favori du tournoi. Il se montre à la hauteur de son statut ne lâchant qu’un seul set, face à Ray Ruffels en quarts de finale, sur la route de la finale où l’attend l’inattendu Britannique John Lloyd.

Les deux joueurs se sont déjà affrontés quelques semaines plus tôt, à Sydney, et Gerulaitis avait facilement gagné, 6-2, 6-2. Cette fois-ci, Lloyd lui donne plus de fil à retordre. Alors que le 5e mondial, après avoir empoché les deux premières manches, semble se diriger vers une victoire tranquille, le Britannique s’accroche, et, revenant dans la partie, pousse son adversaire à un cinquième set de tous les dangers. Gerulaitis est pris de crampes, et ses chances de soulever le trophée s’amenuisent nettement.

Malgré tout, le Lion de Lituanie domine ses crampes, tandis que Lloyd est à bout de forces dès l’entame du set décisif. Gerulaitis finit par l’emporter (6-3, 7-6, 5-7, 3-6, 6-2). 

“Aujourd’hui, c’était mon jour de chance, et j’ai eu les faveurs du Seigneur », déclare Gerulaitis après le match, selon tennis.com. « La douleur était terrible, et je me souviens avoir regardé vers le ciel en quatrième set en me disant que je ne pourrais pas gagner sans une sorte de coup de pouce. »  

« Si j’étais tombé au cours des deux derniers sets, je n’aurais pas été en mesure de me relever, ajoute-t-il, d’après le journaliste Mike Rowbottom. « J’ai failli abandonner à la fin du quatrième set, mais merde, c’était la finale d’un tournoi du Grand Chelem et je n’allais pas lâcher comme ça. »

La postérité du moment

Atteignant la 3e place mondiale en 1978, Gerulaitis atteindra la finale de l’US Open 1979 (battu par John McEnroe (7-5, 6-3, 6-3), et il disputera une dernière finale de Grand Chelem à Roland-Garros en 1980, battu par Borg (6-4, 6-1, 6-2). Il se hissera également à six reprises dans le dernier carré d’un tournoi majeur et atteindra deux fois la finale du Masters, dominé à l’arraché par Ivan Lendl en 1982, (6-7, 2-6, 7-6, 6-2, 6-4), à l’issue d’une finale légendaire, au cours de laquelle Lendl l’allumera sur un passing « penalty ». Gerulaitis mourra le 17 septembre 1884, à seulement 40 ans, d’une intoxication au monoxyde de carbone.

John Lloyd restera célèbre dans l’histoire du tennis pour son mariage avec Chris Evert, qui durera de 1979 à 1987. Il se hissera à la 21e place mondiale en 1978, et il remportera trois titres du Grand Chelem en double mixte, associé à Wendy Turnbull. En simple, il obtiendra son dernier résultat notable en atteignant les quarts de finale de l’Open d’Australie 1985 (défait par Ivan Lendl, 7-6, 6-2, 6-1).

Il faudra attendre 31 ans avant de voir un nouveau Britannique en finale d’un tournoi du Grand Chelem. Il s’agira d’Andy Murray, finaliste malheureux de l’US Open en 2008, qui finira par remporter trois tournois majeurs et atteindre la première place mondiale en 2016.

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