5 mars 2006 : Le jour où Blake a enfin battu Hewitt pour s’imposer à Las Vegas

James Blake, qui n’avait jamais battu Lleyton Hewitt en carrière, domine l’Australien le 5 mars 2006 en finale du tournoi de Las Vegas. Revenant de loin, l’Américain restait ainsi sur sa lancée pour finalement réaliser la meilleure saison de sa carrière.

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Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Blake a brisé la malédiction face à Hewitt

Le 5 mars 2006, James Blake, qui avait perdu ses six premières rencontres face à Lleyton Hewitt, domine pour la première fois l’Australien en finale du tournoi de Las Vegas (7-5, 2-6, 6-3). Grâce à cette victoire, l’Américain, qui avait déjà remporté un premier tournoi en 2006, à Sydney, se hisse à la 14e place mondiale, le meilleur classement de sa carrière. Quelques semaines plus tard, il se hissera en finale à Indian Wells, où il sera surclassé par Roger Federer. Mais ce résultat le propulsera dans le Top 10.

Les personnages : Le revenant Blake et le talentueux Hewitt

James Blake est né en 1979. Après avoir joué deux ans sous les couleurs de l’Université de Harvard, il se lance sur le circuit en 1999. En septembre 2001, il intègre le Top 100. Blake joue un jeu très offensif, avec des coups très à plat. En 2002, après avoir disputé ses premières finales sur le circuit pro à Memphis (battu par Andy Roddick, 6-4, 3-6, 7-5) et à Newport (vaincu par Taylor Dent, 6-1, 4-6, 6-4), Blake remporte son premier titre à Washington, où il domine Paradorn Srichaphan en finale (1-6, 7-6, 6-4). En 2003, Blake confirme son statut de solide Top 30. Mais il traverse une passe difficile en 2004, se fracturant d’abord une vertèbre à Rome, avant d’affronter le décès de son père et de développer un zona qui lui paralyse temporairement la moitié du visage et perturbe sa vision. Il chute jusqu’au 231e rang mondial en avril 2005. Quelques mois plus tard, invité dans le tableau de l’US Open, il se hisse jusqu’en quarts de finale, où il est battu par Andre Agassi à l’issue d’une épique bataille en cinq sets (3-6, 3-6, 6-3, 6-3, 7-6). En octobre, il remporte le troisième titre de sa carrière, à Stockholm (aux dépens de Srichaphan, 6-1, 7-6), et il commence 2006 en ajoutant un quatrième titre à son palmarès, à Sydney, après avoir battu Igor Andreev en finale (6-3, 2-6, 7-6). Grâce à ces résultats, le voici 21e mondial.

Lleyton Hewitt, fils d’un joueur professionnel de football australien, est né en 1981. Très habile au retour de service, il possède l’un des meilleurs jeux de jambes au monde, et il est surtout un incroyable combattant : son caractéristique « come on ! » est célèbre dans le monde du tennis. En janvier 1997, à l’âge de 15 ans et 11 mois seulement, et sans classement ATP, il est invité aux qualifications de l’Open d’Australie, où il remporte trois matches pour devenir le plus jeune qualifié de l’histoire du tournoi (battu au premier tour du tableau principal par Sergi Bruguera, 6-3, 6-4, 6-3). Un an plus tard, en 1998, le jeune Aussie surprend le monde du tennis en remportant son premier titre ATP avant même son 17e anniversaire, dans sa ville natale d’Adelaïde. En cours de route, il y bat le grand André Agassi (7-6, 7-6) et il domine Jason Stoltenberg en finale (3-6, 6-3, 7-6). En 2000, il devient le premier joueur de moins de 20 ans à remporter quatre titres en une saison depuis Pete Sampras. Le plus important de ces quatre titres est le tournoi du Queen’s, où il bat en finale Sampras, sextuple champion de Wimbledon (6-4, 6-4). C’est également en 2000 qu’il obtient son premier grand résultat en Grand Chelem, atteignant les demi-finales de l’US Open, où Sampras prend sa revanche du Queen’s (7-6, 6-4, 7-6).

Rusty », comme l’appelle son entraîneur Darren Cahill, fait désormais partie du Top 10, et en 2001, il change encore de dimension en triomphant à l’US Open, en battant Sampras en finale (7-6, 6-1, 6-1). Quelques semaines plus tard, après son succès au Masters, il devient le plus jeune N.1 mondial de l’histoire, et il occupe cette place 80 semaines durant, et notamment pendant l’intégralité de la saison 2002, au cours de laquelle il gagne Wimbledon (battant en finale David Nalbandian, 6-2, 6-3, 6-2) et le Masters (aux dépens de Juan Carlos Ferrero, 7-5, 7-5, 2-6, 2-6, 6-4). Après avoir perdu la première place en 2003, Hewitt reste l’un des meilleurs joueurs du monde pendant deux bonnes années, étant finaliste à l’US Open 2004 (battu par Roger Federer, 6-0, 7-6, 6-0) et à l’Open d’Australie 2005 (battu par Marat Safin, 1-6, 6-3, 6-4, 6-4). Cette année-là, il atteint également les demi-finales de Wimbledon et de l’US Open, terminant l’année à la 4e place mondiale. En 2006, il quitte brièvement le top 10 suite à sa défaite précoce à l’Open d’Australie, mais lorsqu’il arrive à Las Vegas, il est 10e mondial.

Lleyton Hewitt, Key Biscayne, 2006

Le lieu : L’ATP de retour à Las Vegas

En 2006, pour la première fois depuis des années, un tournoi ATP se déroule à Las Vegas, ville natale d’Andre Agassi. Par le passé, la ville avait accueilli plusieurs tournois, le plus durable ayant été le Alan King/Caesars Palace Tennis Classic, remporté notamment par Bjorn Borg et Jimmy Connors, qui avait duré jusqu’en 1985. Dans les années 1990, un tournoi Challenger a été organisé trois années durant. Mais en 2006, c’est le retour d’un tournoi plus important, le Tennis Channel Open. Ce tournoi se joue sur dur au Darling Tennis Center, un complexe de 23 courts achevé en 2005.

L’histoire : Comment Blake a enfin dominé Hewitt

En mars 2006, lors de la première édition du Tennis Channel Open, le public a droit à une finale de rêve entre les deux joueurs les plus populaires du tableau : l’ancien N.1 mondial, Lleyton Hewitt, et James Blake, 21e mondial. `

L’affrontement entre les deux joueurs s’annonce prometteur, en raison de leurs styles de jeu opposés : alors qu’Hewitt s’est rendu célèbre grâce à son extraordinaire jeu de jambes et à ses grandes qualités défensives, Blake joue un tennis extrêmement agressif, frappant la balle fort, le plus souvent à plat. Sur le papier, l’Australien est favori, car il est le mieux classé. En six rencontres, il n’a jamais perdu contre l’Américain. Cependant, Blake a poussé Hewitt à deux reprises à disputer cinq sets, à chaque fois à l’US Open, en 2001 et 2002. L’ancien étudiant de Harvard, qui avait connu une terrible saison 2004 en raison de blessures et de drames familiaux, est en grande forme depuis son retour sur le circuit au milieu de l’année 2005. Pendant ce temps, Hewitt, après une excellente saison 2005, a fait l’impasse sur le Masters pour rester auprès de sa femme enceinte, et ses premiers résultats en 2006 sont bien loin de ses standards habituels.

À l’entame de cette septième rencontre avec l’Australien, Blake sait qu’il doit se montrer agressif et rester concentré. C’est exactement ce qu’il fait lors d’un premier set de haut niveau, remporté 7-5 par l’Américain. Il ne parvient pas à maintenir ce niveau au cours du deuxième set, qu’il perd 6-3. Mais dans le dernier set, Blake, enchaînant retours violents et coups droits supersoniques, l’emporte finalement 6-3.

« Je l’ai joué un tas de fois dans le passé. C’est la première fois que je prends le dessus et je suis assez heureux, déclare Blake, selon abc.net.au. J’ai enfin obtenu une victoire contre l’un des plus grands joueurs de tous les temps. Il m’a battu tellement de fois dans des matches très serrés, c’est bien de savoir que je peux obtenir au moins une victoire contre lui ».

Comme on peut l’imaginer, Hewitt est déçu du résultat.

« Ce n’est jamais agréable de perdre en finale, mais lorsque l’on arrive en finale, cela veut dire que l’on tape bien la balle. Il y a beaucoup de choses positives à tirer des deux dernières semaines, à l’approche de deux grands tournois d’Indian Wells et Miami. »

La postérité du moment : 2006, la grande année de Blake

La « première victoire contre un grand joueur » de James Blake sera suivie de bien d’autres. Quelques semaines plus tard, à Indian Wells, l’Américain éliminera Rafael Nadal, alors 2e mondial, avant d’être battu en finale par Roger Federer (7-5, 6-3, 6-0), faisant par la même occasion son entrée dans le Top 10. 2006 restera sa meilleure saison. Cette année-là, en septembre, il montera à la 4e place mondiale, son meilleur classement, après avoir remporté cinq titres, atteint les quarts de finale de l’US Open (éliminé par Roger Federer, 7-6, 6-0, 6-7, 6-4), et disputé la finale du Masters (battu à nouveau par Federer, 6-0, 6-3, 6-4). Blake remportera son dernier titre en 2007, à New Haven. Après un dernier quart de finale disputé à l’Open d’Australie 2008, il déclinera lentement. Il quittera le Top 10 en août 2008, puis le Top 50 en 2010. Sans jamais annoncer officiellement sa retraite, Blake arrêtera la compétition en 2013.

Hewitt quittera le Top 10 pour toujours quelques semaines plus tard. Blessé successivement au genou, au bassin, à la main, au poignet, au dos et au pied, il ne parviendra plus jamais à se hisser dans le dernier carré d’un tournoi du Grand Chelem. Il n’atteindra qu’une seule fois les quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem, à Wimbledon 2009 (battu par Andy Roddick, 6-3, 6-7, 7-6, 4-6, 6-4). Il prendra sa retraite à l’issue de l’Open d’Australie 2016.

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