« Je suis tombée dans un trou noir très profond » : Sabalenka se confie sur un naufrage qui plonge Roland-Garros dans l’inconnu
La numéro 1 mondiale s’est livrée avec franchise sur la spirale mentale qui l’a fait sombrer, sa frustration face au toit laissé ouvert malgré le vent, et ces sautes de concentration qui continuent de lui coûter cher sur terre battue. Aryna Sabalenka a été éliminée par Diana Shnaider en quarts de finale de Roland-Garros, perdant les dix derniers jeux du match alors qu’elle menait 6-3, 4-1.
Aryna Sabalenka – Roland-Garros 2026 © Chryslene Caillaud / Psnewz
Aryna Sabalenka a débuté sa conférence de presse par une phrase qui a jeté un froid dans la salle : « Aucune pensée, aucune émotion. J’ai juste envie d’arrêter le tennis là, tout de suite. On verra dans quelques jours si je retrouve le fil. » Le simple fait qu’elle vienne s’asseoir face aux journalistes, à vif et sans fard, quelques minutes seulement après une défaite qui plonge la fin du tournoi dans l’inconnu, relevait déjà d’un certain courage.
La numéro 1 mondiale venait d’être sortie par Diana Shnaider en quarts de finale, s’écroulant complètement en perdant les dix derniers jeux du match après avoir mené 6-3, 4-1. Elle s’est exprimée sans détours sur ce trou noir mental, sa frustration concernant le toit resté ouvert malgré les rafales, et ces blocages récurrents sur l’ocre.
Question : Avec votre recul, que s’est-il passé, en particulier dans les derniers jeux du troisième set ?
Aryna Sabalenka : J’ai eu de vraies opportunités dans la deuxième manche. J’ai complètement gâché mes chances, et ensuite elle s’est engouffrée dans la brèche et a super bien joué. J’ai l’impression que mentalement, je ne m’en suis pas remise après ce deuxième set. C’est là que j’ai commis une erreur.
Qu’avez-vous tenté pour inverser la tendance ou pour ralentir le rythme ? C’était un match très inhabituel de votre part.
Je ne me souviens même pas de la dernière fois où cela m’est arrivé de perdre dix jeux d’affilée. J’imagine que sur le plan mental, je suis tombée dans un trou noir très, très profond, et je n’ai tout simplement pas réussi à en sortir pour retrouver mes esprits.
À quel point les conditions ont-elles pesé ? L’après-midi était très venteux.
C’est une autre question que je me pose… Je ne comprends pas pourquoi ils laissent le toit ouvert alors qu’il y a un vent de folie. Mais comment pourrais-je me plaindre alors que pendant presque tout le match, tout fonctionnait plutôt bien pour moi avant que ça ne m’échappe ? J’ai l’impression que la situation est devenue ingérable parce que, dans ma tête, ça n’allait plus.
Je me souviens que l’an dernier déjà, ils avaient laissé le toit ouvert pour nous, et le lendemain, dans des conditions similaires, ils l’avaient fermé pour les hommes — pour offrir de meilleures conditions et un tennis de meilleure qualité, j’imagine. Je ne sais pas pourquoi ils s’obstinent à le laisser ouvert. Même quand je gagnais, c’était du tennis très décousu, très sale. Je ne sais pas comment les gens faisaient pour rester assis là à regarder ça. Et puis, à un moment donné, elle a pris les devants et a joué un tennis incroyable.
Peut-être que je me focalise trop sur le fait que je n’y ai jamais gagné de Grand Chelem
Avez-vous demandé à ce que le toit soit fermé ?
Non. J’estimais que ce n’était pas nécessaire.
Quels défis la terre battue et le gazon représentent-ils pour vous, au point de vous empêcher d’y obtenir le même succès que sur dur ?
Je ne sais pas. Je me sens pourtant très bien sur terre comme sur gazon. Peut-être que je me focalise trop sur le fait que je n’y ai jamais gagné de Grand Chelem, et que ça me fait trop cogiter, me rend trop émotive à certains moments. C’est un sujet sur lequel je dois prendre du recul pour essayer de trouver une solution, parce que je suis fatiguée de perdre des matchs de cette façon — pas de la meilleure des manières, juste parce que j’ai été submergée par mes émotions.
Dans ce genre de situation, avez-vous l’impression de vous battre contre vous-même sans trouver d’issue ? Comment cela se produit-il : est-ce trop lourd à gérer, ou impossible à inverser ?
Je pense que c’est un tout. On réfléchit trop, on donne des points faciles, on rate des occasions… et en face, elle prend confiance, commence à jouer de manière plus agressive, plus libérée, presque sans peur. Parfois, c’est vraiment difficile d’encaisser la pression et de la retourner contre son adversaire.
De l’extérieur, ce match ressemblait beaucoup à votre finale de l’an dernier. Avec votre expérience, quelles similitudes avez-vous ressenties ?
C’est exactement ce que je disais. Je dois simplement me poser et analyser honnêtement ce qui se passe dans ma tête dans ces moments de tension. Je suis une joueuse assez expérimentée, j’ai traversé et surmonté tellement d’épreuves… Il faut juste que je comprenne ce petit grain de sable qui se coince parfois dans l’engrenage, et j’espère que je parviendrai à régler ça.

Q : Comment vous sentiez-vous ce matin avant d’aborder la rencontre ? Étiez-vous dans de bonnes dispositions mentales ?
Je me sentais vraiment très bien. J’étais prête à me battre, j’étais super motivée, comme toujours. Je ne dirais pas que j’ai mal fait les choses ce matin. Je pense juste qu’à un moment bien précis, il y a un déclic dans la tête, un instant où je perds totalement le fil du match.
Est-ce encore plus difficile à digérer sachant qu’il y avait une immense opportunité à saisir vu l’ouverture du tableau ?
Je ne cherche pas les victoires faciles. Pour moi, le tennis passe par la souffrance, par le dépassement de soi. Et puis, comment peut-on dire ça ? Shnaider est en pleine forme, elle produit un tennis fantastique. C’était une belle occasion pour moi, c’est certain.
Q : Est-ce d’autant plus dur de savoir que vous investissez énormément d’énergie pour surmonter cela, mais que ces blocages mentaux persistent parfois ?
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts, j’imagine. À un moment donné, je trouverai la clé et je reviendrai plus solide. D’ailleurs, je viens de trouver comment évacuer tout ça : vous savez, ces pièces de défoulement où on entre pour tout casser ? Je crois que je vais y passer toute ma journée de demain à détruire des objets. Ça aidera peut-être.