Un moment parfait, seul le corps et ces émotions ont rendu le cinquième set décousu : les adieux de Monfils selon ses propres mots
Pour Gaël Monfils, son dernier match à Roland-Garros face à Hugo Gaston a été presque parfait, à l’exception du cinquième set. Perdu 6-0, ce fut un moment où le corps et les émotions ont lâché, une expérience que Monfils chérit désormais comme une partie intégrante de ses adieux uniques.
Gaël Monfils – Roland-Garros 2026 © Julien Nouet / Tennis Majors
Il y avait une faille dans cette soirée, et Gaël Monfils pouvait la nommer avec précision. Le cinquième set. Le 6-0. Le moment où son corps et ses émotions ont lâché en même temps. Tout ce qui avait précédé était plus fort que ce qu’il s’était autorisé à imaginer pour le premier match de sa dernière apparition à Roland-Garros.
« Même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais jamais pu imaginer que ce serait comme ça. C’était vraiment exceptionnel. Je pars d’ici comblé. »
Il était entré sur le court Philippe-Chatrier lundi soir en portant le poids d’adieux qu’il attendait depuis l’annonce de sa retraite en octobre. Trois heures et 22 minutes plus tard, il en est sorti après avoir perdu contre Hugo Gaston (6-2, 6-3, 3-6, 2-6, 6-0) un score qui s’apparente à deux matchs différents cousus ensemble, car c’est exactement ce que c’était.
Gaston-Monfils, un match à deux visages
Le premier match a appartenu à Gaston. Monfils était sur le court mais pas dans son corps. «Quand je suis entré sur le court, je ne me sentais pas aussi bien que cinq minutes avant. C’est comme si on voulait trop bien faire les choses. Ce n’est pas vraiment dans la tête. C’était plutôt la façon dont mon corps se sentait, la façon dont je me déplaçais sur le court. »
Mené deux sets à rien, face à un public plus silencieux qu’il ne l’aurait souhaité, Monfils a trouvé un second souffle dans le troisième set. Les frappes sont devenues plus propres. La patience est revenue. Il a empoché la troisième manche 6-3 et la quatrième 6-2, et le Chatrier a commencé à croire en ce qu’il était venu voir.
À la fin du troisième set, le stade était debout, scandant son nom. L’adversaire de l’autre côté du filet l’a ressenti de la même manière. « C’était un sentiment assez étrange quand tout le monde criait Gaël, Gaël. J’avais envie de crier avec eux », a confié Gaston.
La propre bataille de Gaston et l’acceptation de Monfils
Ce que le public ne savait pas, c’est que Gaston, lui aussi, était en train de craquer. Il avait abordé le match en couvant un virus persistant, son rythme cardiaque grimpant en flèche au fil des longs échanges sans vouloir redescendre. Entre le troisième et le cinquième set, il a fait appel aux médecins du tournoi et a pris des médicaments pour se stabiliser. Le temps qu’il retrouve ses esprits, les crampes sont arrivées.
Le cinquième set n’a donc pas été l’histoire d’un adversaire astucieux achevant un vétéran fatigué. C’était l’histoire de deux corps diminués soumis à la même épreuve, et dont le plus jeune a trouvé la réponse. « Physiquement, c’était plus dur. Hugo jouait bien et il avait le dessus. Il a beaucoup varié dans le cinquième, avec des amorties. J’avais du mal à aller vers l’avant. » Jeu après jeu, le cinquième set a déroulé. 5-0. Monfils au service pour rester dans le match. À trois points de la fin de sa carrière à Roland-Garros. Pendant deux points, il a tenu bon. Puis il a craqué. « J’étais encore dedans jusqu’à 0-30. Après 0-30, c’est un peu le bazar. Il y a beaucoup d’émotions. On essaie de les bloquer, mais il y a beaucoup d’émotions. »

« C’était magnifique. Honnêtement. magnifique, magique. Je n’aurais pas pu rêver mieux. Je pars d’ici comblé. »
Le corps, lui aussi, avait pris sa décision. Ce qui est sorti de sa bouche ensuite n’était pas la complainte d’un joueur décrivant une défaite. C’était quelque chose de plus étrange et de plus apaisé.
« C’est sympa parce que ce sont de nouvelles sensations, une sensation que l’on ne peut connaître qu’à la fin du voyage. Donc je l’ai connue, et je suis heureux. » Le 6-0, quand il est tombé, n’était pas tant une défaite qu’une partie de l’expérience qu’il n’avait pas encore vécue.
De l’autre côté du filet se trouvait un ami. Gaston a déclaré après le match qu’il ressentait de la joie et de la tristesse. Monfils l’a reçu comme cela était destiné. « Je sais qu’Hugo m’apprécie beaucoup. On rigole bien ensemble. Récemment, on s’est beaucoup entraînés ensemble. Donc bien sûr, c’était un peu plus dur pour lui de m’achever comme ça. J’étais content pour lui. Honnêtement, perdre contre quelqu’un qu’on apprécie, c’est vraiment super. »

Il s’agissait du dix-septième match en cinq sets de Monfils à Roland-Garros, le plus grand nombre pour un joueur français dans l’histoire du tournoi. Il a perdu son dernier. Il a quitté le court sous une ovation debout qui ne s’est pas arrêtée lorsqu’il s’est engouffré dans le tunnel, et il est arrivé en conférence de presse en essayant encore de refouler les sentiments qu’il avait passé la soirée à refuser d’écouter.
« J’essaie vraiment de les bloquer. Je sens que je vais passer une nuit difficile ce soir. » Avant d’aller dormir, il a eu ces derniers mots : « C’était magnifique. Honnêtement. Magnifique, magique. Je n’aurais pas pu rêver mieux. Je pars d’ici comblé. » Le cinquième set n’est qu’une goutte d’eau dans un océan de souvenirs.