Comment Osaka travaille pour arriver à Roland-Garros en prétendante

Naomi Osaka, qui a entamé sa saison sur terre battue vendredi à Madrid, a peiné depuis le début de sa carrière à reproduire sur terre battue ses performances sur dur. Mais la Japonaise, qui évoque ouvertement son désir de réussir de gagner les deux tournois du Grand Chelem qui manquent à son palmarès, met des choses en place pour progresser sur ocre, sans se dénaturer pour autant.

Naomi Osaka, Madrid, 2021

Le propre des champions est de s’adapter, comme l’a dit Billie Jean King dans une sentence restée célèbre. Naomi Osaka a retrouvé la terre battue cette semaine à Madrid en dominant Misaki Doi, 83e joueuse mondiale, avant de chuter contre Karolina Mucova, 20e à l’ATP (6-4, 3-6, 6-1). Le message reçu par la Japonaise est clair : oui, elle a encore besoin d’adapter son jeu aux exigences de la terre battue si elle entend étoffer son palmarès.

L’exemple à suivre pour Osaka, c’est Sharapova

La dernière fois qu’Osaka avait été vue sur un court de terre battue en tournoi, c’était en mai 2019, quand elle avait été battue par Katerina Siniakova au troisième tour de Roland-Garros. A l’époque, le poids de la place de numéro 1 mondiale pesait sur les épaules d’Osaka. Les attentes nées de son statut de vainqueure des deux derniers Grand Chelems en date (US Open 2018, Open d’Australie 2019) étaient un problème pour elle, au moins autant que les particularités du jeu sur terre.

Deux ans plus tard, avec deux titres du Grand Chelem supplémentaires à son actif, Osaka est une femme différente, plus confiante, avec plus d’assurance sur le terrain comme en dehors, ayant trouvé sa voix à travers le mouvement Black Lives Matter. Après avoir gagné l’Open d’Australie en février, elle s’est arrêtée en quart de finale à Miami. Mais elle a pris un peu de repos pour se régénérer et est arrivée à Madrid avec détermination pour se confronter à la terre battue.

Maîtriser la surface prend du temps. Pour ceux qui ne grandissent pas sur terre battue, les déplacements et les glissades sont une compétence à acquérir, de même que la capacité à mettre de la puissance de la balle quand il y a peu de rythme. Il y a plusieurs façons d’y parvenir. Beaucoup jouer sur terre chez les en juniors, quand les choses sont intégrées quasiment sans y penser, ou se livrer à des blocs d’entraînement spécifique. Osaka, elle se contente de deux ou trois tournois par an.

Naomi Osaka Madrid 2021 (2) (1)

Osaka a admis sans se cacher que la terre n’était pas naturelle pour elle, qu’elle avait encore l’impression parfois de patauger dans sa recherche de l’équilibre requis. Mais c’est un processus en cours et, comme Maria Sharapova l’a démontré, il est à la portée des championnes. La Russe, qui s’était décrite comme une « vache sur la glace » sur terre battue au début de sa carrière, a remporté deux fois Roland-Garros. A la fin de sa carrière, la terre était considérée comme sa meilleure surface, sinon la meilleure. Ce n’est probablement pas un hasard si Osaka a embauché Yutaka Nakamura, préparateur physique qui a travaillé sept ans aux côtés de Sharapova.

Osaka a déjà obtenu de bons résultats sur terre

Ce n’est pas qu’Osaka ne sait pas comment jouer sur terre battue. C’est juste qu’elle n’y est pas aussi l’aise que sur dur, où elle est certainement la meilleure joueuse du monde actuellement – elle y a remporté ses quatre Grands Chelems. En 2019, elle avait atteint les demi-finales à Stuttgart, puis les quarts de finale à Madrid et à Rome, avant de faire l’impasse sur la très courte séquence sur terre de l’automne 2020, Roland-Garros compris.

« Je me sentais bien sur terre, a-t-elle confié. En y repensant, c’est quelque chose dont je suis contente, parce que quand je jouais sur terre battue cette année-là, je ne me sentais pas à l’aise du tout. Et les deux matchs que j’ai perdus, même si je n’ai pas perdu à Rome (forfait avant son quart de finale contre Kiki Bertens, ndlr), c’était plus mental que physique. Je ne me sentais pas mal à l’aise pour glisser, je ne me sentais pas fatiguée. Donc je suis impatiente de retrouver cet état d’esprit et de commencer à me sentir mieux sur terre battue. »

En conférence de presse d’avant-tournoi à Madrid, Osaka a indiqué qu’elle avait travaillé sur des choses spécifiques avec son coach Wim Fissette, devenu expert reconnu dans la capacité à amener des joueuses à gagner des titres du Grand Chelem.

« Je ne sais pas si je suis supposée dévoiler ses secrets, a-t-elle souri. Je dirais que ça concerne la mobilité et les glissades, des domaines spécifiques à la terre battue. Je pense que quand nous étions sur dur, je faisais beaucoup plus de force, comparé à maintenant, nous faisons davantage d’assouplissement et d’exercices spécifiques à la terre battue. Nous restons davantage sur le terrain et nous faisons plus de choses après l’entraînement. »

Wim Fissette, Madrid, 2021

Après avoir battu Doi, Osaka a confié que cela prenait du temps pour avoir la bonne attitude sur une surface qui peut frustrer même les joueurs les plus patients.

« Les deux premiers jours d’entraînement cette année, avec Wim, j’étais très en colère, juste parce que j’ai l’habitude de revenir et de bien sentir la balle et que j’ai l’habitude de ne pas ressentir que j’ai coupé pendant un moment. Mais sur terre battue, je pense que c’est bien différent, il faut ajuster ses pieds d’une manière différente. Les mauvais rebonds sont vraiment troublants, mais j’ai parlé à Wim, il a dit que c’était normal, je dois juste rester calme. Encore plus important, c’est de l’expérience, donc j’espère gagner en expérience. »

Réussir sur terre sans se dénaturer, le défi d’Osaka

Osaka a prouvé contre Doi qu’elle appréhendait les subtilités du jeu sur terre battue, alternant ses services et ses frappes puissants avec une bonne utilisation des angles, et se montrant capable d’improviser au besoin.

Avec déjà quatre titres du Grand Chelem à son palmarès, le nombre qu’elle pourrait gagner d’ici la fin de sa carrière est un débat qui revient régulièrement en marge des grands tournois. Mais si Osaka veut devenir une légende, elle devra réussir le Grand Chelem en carrière, ce qui signifie gagner Roland-Garros et Wimbledon, où elle a souffert pour réussir aussi bien que sur dur jusqu’à maintenant.

La Japonaise a accumulé 26 coups gagnants et a bien servi contre Doi. Il ne faut pas à ce qu’elle ne change trop son style de jeu simplement pour se faire à la surface.

« J’essaye de jouer de manière naturelle. Je dirais que si je commence à vouloir casser le tempo un peu, je commence à pousser la balle et ce n’est pas vraiment bon pour moi. Bien sûr que tu veux d’adapter et faire des choses qui sont utiles, mais j’espère ne pas avoir à trop changer. »

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