« J’ai vraiment besoin de couper pour récupérer, mentalement aussi » : tout ce que vous vouliez savoir sur la défaite de Sinner (et qu’on a osé demander)
Jannik Sinner s’est confié sur son élimination inattendue à Roland-Garros, alors qu’il menait de deux sets et 5-1 avant que son corps ne le lâche. La star italienne explique qu’il n’avait « plus d’énergie » et qu’il avait besoin de temps pour s’en remettre, tant physiquement que mentalement.
Jannik Sinner – Roland-Garros 2026 © Julien Nouet / Tennis Majors
C’est un match qui appartient d’ores et déjà aux livres d’histoire de Roland-Garros, aux côtés des mythiques Nadal-Söderling ou Chang-Lendl. Jannik Sinner menait face à Juan Manuel Cerúndolo par deux sets et 5-1 avant que son corps ne le lâche, concédant 18 des 20 derniers jeux pour s’effondrer (3-6, 2-6, 7-5, 6-1, 6-1) dès le deuxième tour.
S’exprimant en anglais puis en italien, et de manière bien plus ouverte qu’à son habitude dans la victoire, un Jannik Sinner vidé de ses forces a raconté aux médias les coulisses d’images qui venaient de faire le tour du monde.
Le numéro un mondial a refusé de rejeter la faute sur la chaleur. Il n’a pas non plus précisé s’il avait été victime d’un coup de chaud, de crampes, d’une blessure, ou des deux. Il a simplement répété qu’il n’avait plus aucune énergie. Et il n’a pas oublié de saluer la performance de son adversaire, dont le match quasi parfait a exposé ses faiblesses : « Félicitations à lui. Je ne veux rien lui enlever. Il a joué un match très solide, surtout à la fin, et c’est ça le sport. »
Que s’est-il passé exactement après avoir mené 6-3, 6-2, 5-1 ?
Jannik Sinner : « À partir de 5-1, j’ai commencé à piocher, à ressentir de violents vertiges. Un énorme coup de barre. J’ai essayé de servir pour le match, mais je n’avais plus de jus. Cela a commencé au milieu du troisième set, alors même que je jouais un excellent tennis. Aujourd’hui, je n’arrivais vraiment pas à trouver la moindre énergie. J’étais complètement à plat. Je ne me souviens pas de la dernière fois où je me suis senti aussi faible. C’était une situation difficile à gérer. C’est le sport. »
Avait-il senti le coup venir ?
Jannik Sinner : « Je me suis réveillé ce matin et je ne me sentais pas très bien, alors j’ai essayé de faire des points très courts. Habituellement, dans un Grand Chelem, il y a toujours un ou deux jours où l’on ne se sent pas parfait. C’était aujourd’hui. Ça arrive. Parfois, quand on commence à bouger, on se sent un peu mieux, et c’est ce qui s’est passé. Après l’échauffement, j’ai pris une douche et on s’est préparés pour le match. Au milieu du troisième set, je n’ai plus réussi à m’en sortir. Au début, mes frappes étaient très propres, très bonnes, et puis j’ai en quelque sorte percuté un mur, tout simplement. »
La chaleur était-elle la cause de tout ?
Jannik Sinner : « Il faisait chaud, mais pas une chaleur étouffante non plus. Je trouve que les conditions étaient plutôt correctes pour jouer. Vraiment, cela n’a rien à voir avec la chaleur ou la météo. C’était juste moi aujourd’hui. En général, c’est une accumulation de facteurs. Il n’y a pas qu’une seule explication. J’ai beaucoup joué. Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour récupérer. Je suis arrivé ici, j’ai fait un très bon premier match, vraiment solide, mais quand on revient le lendemain, le timing reste serré, même si j’ai fini tard, mais pas excessivement tard non plus. Je pense que c’est un ensemble de choses qui a provoqué ce problème aujourd’hui, mais encore une fois, ça peut arriver. »

Une fois la décision prise de ne pas abandonner, qu’avait-il en tête pour tenter de trouver une solution ?
Jannik Sinner : « Dans le quatrième set, j’ai un peu laissé filer pour essayer de garder un peu d’énergie pour le cinquième. Le premier jeu y était capital, mais je n’ai pas pu tenir mon service. Ensuite, la pente est devenue un peu trop raide. Ce n’était certainement pas l’entame de set que j’espérais, mais c’est comme ça. Il y a eu des occasions, des moments pour repasser devant, et je n’ai pas su les saisir. Ce que je me disais, surtout, c’est que je ne voyais pas d’issue aujourd’hui. Normalement, ça ne m’arrive pas. Mais aujourd’hui, honnêtement, je ne pouvais pas faire plus. »
Était-ce le même problème qu’à Shanghai en 2025 contre Griekspoor, où il avait abandonné, ou qu’à Melbourne en 2026 avec ses crampes contre Spizzirri ?
Jannik Sinner : « Aujourd’hui, c’était un scénario complètement différent. Il faisait chaud, mais ça allait. Ce n’est pas comme si j’étais en train de mourir à cause de la chaleur. Je me souviens que Shanghai avait été très dur, avec un taux d’humidité très élevé. L’Australie, c’était une chaleur extrême, je m’en rappelle très bien. C’est différent quand on joue sur dur, car la chaleur remonte aussi du sol. Avec ce genre de pépins physiques, chaque situation est différente de la précédente. C’est difficile de dire que c’est exactement la même chose. Aujourd’hui, c’était vraiment autre chose. Trop de facteurs se sont cumulés, et je n’ai pas réussi à m’en extirper. Parfois, j’arrive à mieux m’en sortir, à trouver d’autres solutions. Aujourd’hui, aucune. Je n’avais pas d’énergie. Mais je le répète, ça arrive. Personne n’est un robot. Personne n’est programmé pour ne jamais faiblir. Aujourd’hui, ça s’est passé comme ça, et on verra pour la suite. J’ai vraiment besoin de couper un peu, de récupérer complètement, mentalement aussi, et ensuite je serai prêt à repartir. »