Santana, Lacoste, Hoad, Budge… : notre classement des 10 GOATS parmi les légendes disparues

Si le débat sur le GOAT semble impossible à trancher tant que la carrière d’aucun membre du Big Three n’est terminée, rien n’empêche de faire le classement des plus grands champions qui nous ont quittés. L’occasion, en plus, de leur rendre hommage…

René_Lacoste_Wimbledon_1928

Pour établir ce classement des légendes, nous nous sommes bien sûr appuyés en grande partie sur le palmarès, mais pas seulement… Les chiffres ne disent pas tout, surtout à une époque où la séparation des amateurs et des professionnels brouillait un peu les cartes. Pour une évidente question temporelle, le classement ci-dessous correspond en effet grosso modo à un classement des GOAT de l’ère pré-Open, prenant en compte le palmarès, donc, mais aussi le charisme et la place dans les livres d’histoire.

Il rend hommage à des immenses champions peut-être un peu injustement oubliés pour certains. Ils sont morts, certes. Mais l’empreinte qu’ils ont laissée dans l’histoire , elle, est éternelle. Quant à l’ordre, il est évidemment très subjectif. Vous avez le droit de ne pas être d’accord, et même de le faire savoir.

N°10 : Arthur Ashe, l’Afro-Américain qui a ouvert la voie

L’Américain, décédé le 6 janvier 1993 à seulement 49 ans des suites du sida (il avait contracté le virus lors d’une transfusion sanguine en 1983), n’a certes remporté « que » trois titres du Grand Chelem (US Open 1968, Open d’Australie 1970 et Wimbledon 1975) mais la trace qu’il a laissée dans la légende dépasse largement son palmarès. Elle continue d’ailleurs de rayonner aujourd’hui, ne serait-ce que parce que le plus grand court du monde, le central de l’US Open, porte son nom.

Premier joueur afro-américain vainqueur d’un titre majeur, mais aussi le premier sélectionné en Coupe Davis – une épreuve qu’il a également gagnée deux fois -, Ashe, un homme unanimement salué pour son intégrité et son intelligence, s’est beaucoup investi pour des causes sociales, la défense des noirs notamment. Le tennis français se doit de lui être éternellement reconnaissant pour avoir découvert le jeune Yannick Noah au Cameroun au début des années 70.

Techniquement, il a aussi beaucoup apporté au jeu en étant l’un des premiers joueurs à utiliser très efficacement l’autorisation de sauter au service (1963), popularisant la technique du ciseau.

N°9 : William Renshaw, le révolutionnaire

Quasiment aux origines du jeu, il a triomphé à sept reprises à Wimbledon (12 en tout avec le double), dont il est longtemps resté le recordman de victoires avant que Pete Sampras ne l’égale en 2000 puis que Roger Federer ne le dépasse en 2017.

Ce qui est en revanche resté inégalé, ce sont ses six succès consécutifs entre 1881 et 1886, une série-record interrompue l’année suivante en raison d’un tennis-elbow. Puis Renshaw a remporté une septième glorieuse en 1889 en se qualifiant pour le Challenge Round au terme d’un match dantesque face à Harry Barlow face auquel il sauva six balles de match !

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William Renshaw (à droite) aux côtés de son frère jumeau, Ernest. ©MARY EVANS/SIPA

Mais plus encore que ces statistiques, ce que l’on retient de William Renshaw et de son frère jumeau Ernest (vainqueur pour sa part à Wimbledon en 1888), c’est la manière dont ils ont donné un énorme coup de boost au tennis, à la fois sur le plan technique et populaire. 

William, décédé en 1904 à seulement 43 ans d’une crise d’épilepsie, a notamment révolutionné les coups au-dessus de la tête, le smash et surtout le service, qui n’était avant lui qu’une aimable mise en jeu.

N°8 : Manuel Santana, héros en son pays

Il est le dernier qui nous a quittés, tout récemment, le 11 décembre 2021. Sa mort a suscité une émotion très vive dans le milieu du tennis espagnol et pour cause : il en a été le pionnier, premier grand champion ibérique de l’histoire avec ses quatre titres du Grand Chelem remportés dans les années 60, à Roland-Garros (1961 et 1964, chaque fois contre Pietrangeli), aux Internationaux des Etats-Unis (1965) et enfin à Wimbledon (1966).

Le fait qu’il soit resté amateur une grande partie de sa carrière, à l’inverse des monstres de son époque (notamment les Australiens Laver et Rosewall), lui a certes permis de soigner ce palmarès. Mais cela n’enlève rien à l’influence considérable que Manolo, issu d’un milieu très modeste, a eu en Espagne, où il est devenu un héros en menant son pays vers les deux premières finales de Coupe Davis de son histoire, en 1965 et 1967 (perdues contre l’Australie).

Réputé pour son coup d’œil et son intelligence tactique, il a remporté 74 tournois avant de devenir en 2002 le directeur du tournoi de Madrid, dont le central porte son nom. Ne nous y trompons pas : s’il n’y avait pas eu Santana, il n’y aurait sans doute pas eu Nadal non plus…

N°7 : René Lacoste, le légendaire crocodile

Probablement le joueur français le plus connu à l’international – son nom en tout cas -, en raison bien sûr de sa marque éponyme fondée à la fin de sa carrière en 1933, et surmontée du fameux crocodile, son surnom.

Avec sept titres du Grand Chelem en simple à son actif, Lacoste est surtout l’un des plus grands champions français de l’histoire, et un membre émérite de la génération des Mousquetaires avec laquelle il est allé conquérir la première Coupe Davis tricolore en 1927, à Philadelphie.

Il n’a pas été le premier Français à remporter un Grand Chelem à l’étranger – Jean Borotra, son aîné de six ans, lui a soufflé cet honneur en le battant en cinq sets en finale de Wimbledon 1924 – ni le plus titré au total (Cochet le devance avec huit sacres majeurs), mais il aurait eu tout loisir de soigner ses statistiques s’il n’avait pas dû freiner sa carrière à 25 ans en raison de problèmes de santé récurrents.

Homme brillant et ingénieux, il s’est lancé ensuite dans une fructueuse carrière d’industriel et d’inventeur. On lui doit par exemple la machine lance-balles, l’anti-vibrateur et la première raquette en acier, la fameuse T 2000 popularisée par Billie Jean King et Jimmy Connors. 

Il est mort à 92 ans en 1996. Il était alors le dernier Mousquetaire encore en vie.

N°6 : Henri Cochet, le Magicien

C’est le joueur français le plus titré de l’histoire avec huit titres du Grand Chelem, 15 en tout avec le double. Sans doute aussi l’un des plus doués si l’on en croit les témoignages qui subsistent sur lui, notamment ce (rare) compliment d’un de ses grands rivaux, l’Américain Bill Tilden : « Cet homme pratique un tennis que je ne connais pas. »

Plus discret que ses copains de la fameuse bande des Mousquetaires, Cochet est définitivement rentré dans la légende en 1927 en remportant une finale de Wimbledon homérique contre Jean Borotra, mais aussi en étant l’homme qui a remporté le cinquième match décisif (face à l’Américain Bill Johnston) pour donner à la France la première Coupe Davis de son histoire, à Philadelphie.

De 1927 à 1932, il a été des six campagnes victorieuses de cette génération dorée, avant de passer professionnel. Un palmarès légendaire auquel on doit rajouter ses deux médailles d’argent conquises lors des Jeux Olympiques de Paris en 1924.

Henri Cochet est mort à 85 ans, en 1987, à Saint-Germain-en-Laye après un long combat contre la maladie. Une triste ironie de l’histoire, lui qui avait bâti sa réputation sur sa gestuelle foudroyante qui lui avait valu, bien avant Fabrice Santoro ou Guillermo Coria, d’être surnommé « le Magicien ».

N°5 : Fred Perry, joyau britannique

Son nom est passé à la postérité grâce à sa marque au laurier brodé, qu’il avait créée en 1952 à la fin de sa carrière en s’associant avec le footballeur autrichien Tibby Wegner, et qui a aussitôt connu le succès grâce à l’invention du poignet-éponge ou du polo à manches courtes.

Mais auparavant, Fred Perry avait surtout été un immense champion, l’un des plus grands de son époque de l’entre-deux-guerres. Il a remporté huit titres majeurs en simple, tous concentrés entre 1933 et 1936, en étant surtout le premier de l’histoire à réussir le Grand Chelem en carrière. Il a également été le premier à réussir un Petit Chelem, en 1934, s’imposant en Australie et à Wimbledon aux dépens de Jack Kramer, l’un de ses grands rivaux avec l’Allemand Gottfried Von Cramm. 

Durant cette fantastique période 1933-1936, il a par ailleurs porté son pays, la Grand-Bretagne, vers la victoire à quatre reprises en Coupe Davis.

Grand, costaud, doté d’un service et d’un revers redoutables, Perry avait la particularité d’avoir d’abord été un pongiste de très haut niveau avant de passer au tennis. Il est mort en 1995, à l’âge de 85 ans. Mais son héritage est indélébile.

N°4 : Pancho Gonzales, talent caché

Il est le joueur le moins titré de cette liste avec deux « petits » Internationaux des Etats-Unis remportés en 1948 et 1949, à 20 puis 21 ans. Mais ça ne dit rien du joueur qu’il fut, immense, l’un des plus grands de tous les temps selon de nombreux experts qui ont eu le privilège de le voir jouer (voire de l’affronter) au faîte de sa gloire, dans les années 50 et 60.

Si Gonzales n’a pas remporté davantage de grands titres, c’est simplement parce qu’il a été professionnel quasiment toute sa carrière, popularisant des tournées promues par son compatriote (et rival) Jack Kramer. Si l’on englobe ces tournées, l’Américain d’origine mexicaine compte plus d’une centaine de titres à son palmarès.

Lorsque l’ère Open, signée en 1968, autorisa le retour des pros dans les Grands Chelems, Gonzales avait déjà 40 ans, ce qui ne l’empêcha pas d’atteindre les demies à Roland-Garros cette année-là ou de remporter un match mythique contre Charlie Pasarell à Wimbledon l’année suivante.

Immense serveur (il mesurait près d’1,90 m), puissant comme un ours et agile comme un chat, Gonzales peaufina sa notoriété au gré d’une vie personnelle festive et dissolue : il fut notamment mariée six fois, dont deux fois à la même femme (l’actrice Madelyn Darrow) et une fois à la sœur d’Andre Agassi.

Il est d’ailleurs mort dans la ville des Agassi, à Las Vegas, en 1995. Il avait 67 ans.

N°3 : Lewis Hoad, membre d’une génération australienne dorée

Exactement comme Pancho Gonzales, dont il a été l’un des rivaux sur les tournées professionnelles organisées par Jack Kramer, il n’a pas eu un palmarès à la hauteur de son formidable talent : quatre titres du Grand Chelem tout de même, dont trois lors d’une formidable saison 1956 où il avait remporté les trois premières levées majeures avant de buter face à son compatriote Ken Rosewall en finale des Internationaux des Etats-Unis.

Ce grand blond au physique d’Apollon et à la force presque animale était peut-être le meilleur de cette glorieuse génération australienne qui allait dominer le monde au carrefour du XXè siècle, les Laver, Rosewall et consorts. Pancho Gonzales, qui n’était pas forcément le plus humble des hommes, avait dit un jour à son sujet : « Il est le seul joueur qui, même si je suis dans un bon jour, peut me battre quand même. Son jeu est le meilleur de tous les temps. »

Mais Lew Hoad, vainqueur par ailleurs de quatre Coupe Davis avant de passer pro à 23 ans après un deuxième titre à Wimbledon en 1957, a vu sa carrière perturbée par des problèmes récurrents au dos.

Il s’est éteint d’une leucémie en 1994 en Espagne, pays où il s’était installé et dont il avait été l’entraîneur de Coupe Davis.

N°2 : Donald Budge, à jamais le premier

Le palmarès de Don Budge compte six titres majeurs : et il a réalisé l’exploit unique dans l’histoire de les remporter consécutivement, de Wimbledon 1937 jusqu’aux Internationaux des Etats-Unis 1938 ! 

Vous l’avez compris : cela englobe un Grand Chelem calendaire réalisé en 1938, le premier réussi dans l’histoire du tennis. L’expression « Grand Chelem », en provenance du bridge, a d’ailleurs été inventée ou plutôt adaptée pour lui par le journaliste du New York Times Allison Danzig, qui a été le premier à l’écrire dans un de ses articles.

Au-delà de cette performance historique, à l’issue de laquelle il est passé professionnel, l’Américain a bâti sa réputation sur son revers, qui épatait par sa puissance à une époque où ce coup consistait essentiellement à remettre la balle en jeu. Sa grande taille (1,85 m) et son déplacement leste lui ont également permis de bien gagner sa vie, qu’il a malheureusement fini par perdre en 2000, à l’âge de 84 ans, un mois après avoir été victime d’un accident de la route qui l’avait beaucoup affaibli.

Dans ces années 30 très denses, qui ont vu également passer des champions tels l’Américain Ellsworth Vines, l’Australien Jack Crawford ou (on en a parlé) le Britannique Fred Perry, il fut à nos yeux le meilleur.

N°1 : Bill Tilden, service compris

C’est en tout cas le plus grand palmarès de l’ère pré-Open, avec un total de titres estimé à 138 dont 10 en Grand Chelem. L’Américain a remporté sept fois les Internationaux des Etats-Unis (plus trois fois Wimbledon), tournoi dont il est toujours le co-détenteur du record de victoires en simple (ex-aequo avec ses compatriotes Richard Sears et Bill Larned) et le seul détenteur du record absolu de victoires (16) en comptant le double et le mixte.

Jusqu’au Big Three, aucun joueur n’a sans doute écrasé une décennie entière, par son talent, son charisme et sa notoriété comme lui l’a fait dans les années 20, période où il s’est affirmé sur le tard (il est né en 1893) après avoir énormément travaillé son revers, faiblard à ses débuts.

Mais Tilden, c’est surtout son service qui lui a payé sa gloire. Surnommé « Cannon Ball », il a été le premier, du haut de son (quasi) 1,90 m, à ériger ce coup en une arme meurtrière, irritant d’ailleurs tout autant ses adversaires avec ce coup qu’avec son vice bien connu sur le terrain, où son sens tactique était hors-norme.

Au fond, Tilden a été le premier à respirer le tennis par tous les pores de sa peau, passant des heures à réfléchir sur son sport et écrivant deux livres avec notamment cette fameuse citation à la clé : « le tennis est plus qu’un sport : c’est un art, au même titre que la danse. » 

Homosexuel assumé (ce qui n’était pas simple, à l’époque…), showman, comédien, trublion, Tilden a révolutionné l’image de son sport et développé des tournées professionnelles à succès, où il a fait montre d’une belle longévité puisqu’il a joué jusqu’à la fin de sa vie, survenue en 1953, à 60 ans, d’une crise cardiaque.

Tilden avait alors déjà basculé dans sa face obscure, ruiné et surtout condamné deux fois à des peine de prison pour des faits d’attouchements sexuels sur des mineurs. L’homme, cérébral et torturé, doit sur ce point être séparé du joueur, qui était immense.

On a pensé aussi à : Richard Sears, Jean Borotra, Jack Crawford, Jack Kramer, Tony Trabert.

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