25 septembre 1992 : Le jour où Connors a battu Navratilova

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 25 septembre 1992, Jimmy a mis un terme à la « Bataille des Sexes » en s’imposant dans la Bataille des Champions face à Martina Navratilova (7-5, 6-2).

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Jimmy Connors s’impose dans la Bataille des Champions

Ce jour-là, le 25 septembre 1992, Jimmy Connors domine Martina Navratilova lors du dernier épisode de la « Bataille des sexes ». Cette fois, l’événement est appelé la Bataille des Champions, puisque Connors, qui vient juste d’avoir 40 ans, a été numéro 1 mondial 268 semaines durant, tandis que Navratilova, qui est sur le point de fêter ses 36 ans, a régné sur le circuit féminin pendant 332 semaines. Bien que Jimbo soit pour l’occasion privé de deuxième balle au service, alors que Navratilova se voit accorder la moitié de chaque couloir en plus, c’est bien lui qui s’impose en deux manches, 7-5, 6-2.

Les acteurs et actrices

Martina Navratilova, championne totale

Martina Navratilova, née en 1956 en Tchécoslovaquie, est, selon Billie Jean King, « la plus grande joueuse de simple, de double et de double mixte ayant jamais vécu ». Depuis le début de l’ère Open en 1968, aucun joueur, hommes et femmes confondus, n’a gagné plus de tournois que Navratilova en simple (167) ou en double (177), et personne n’a remporté plus de matches qu’elle (2189). Navratilova a glané un total de 18 tournois du Grand Chelem en simple, avec un record de 9 titres à Wimbledon dont 6 soulevés consécutivement entre 1982 et 1987. En 1992, elle a déjà accumulé 31 titres majeurs en double et 6 en double mixte.

Martina Navratilova

Il ne lui manque alors que la couronne du double mixte à l’Open d’Australie pour boucler le « Grand Chelem total » qui consiste à remporter les quatre tournois du Grand Chelem à la fois en simple, en double et en double mixte. Elle détient également un record de six tournois du Grand Chelem gagnés à la suite, entre Wimbledon 1983 et l’US Open 1984 (l’Open d’Australie se jouait alors en décembre), et a occupé la première place mondiale pendant 322 semaines, ce qui, en 1992, est encore un record. Martina Navratilova, gauchère, pratique le service-volée mieux que quiconque auparavant. D’après sa rivale Chris Evert, elle a révolutionné la condition physique dans le tennis féminin, apportant notamment l’idée de pratiquer d’autres sports, tel le basketball, pour s’entraîner physiquement.

Jimmy Connors, indéboulonnable numéro 1

Jimmy Connors, né en 1952, est l’un des plus grands joueurs de son temps. Coaché depuis toujours par sa mère, Gloria, Connors est l’un des premiers tennismen à jouer à plat et en cadence depuis la ligne de fond de court. Sa manière de frapper la balle montante inspirera beaucoup les futures générations de joueurs. « Jimbo », passé pro en 1972 à vingt ans, est devenu numéro 1 mondial dès 1974. Cette année-là, il avait gagné trois des quatre tournois du Grand Chelem, et avait été interdit de participation à Roland-Garros, le quatrième tournoi, en raison d’une procédure judiciaire qu’il avait lancée contre l’ATP.

Il est resté numéro 1 mondial pendant une durée record de 160 semaines consécutives, entre 1974 et 1977. Après avoir cédé son trône à Bjorn Borg le 23 août 1977, pour une semaine seulement (!), il l’avait récupéré pour 84 semaines supplémentaire, jusqu’au printemps 1979. Au total, Connors a occupé la première place mondiale 268 semaines durant, un record établi en 1983 et seulement battu en 1990 par Ivan Lendl. De 1979 à 1981, Connors n’est pas aussi performant que lors de ses meilleures années, n’atteignant pas la moindre finale de Grand Chelem. Il s’accroche et finit par s’imposer à nouveau en Grand Chelem et à redevenir numéro 1 mondial, en 1982 et 1983, remportant trois titres majeurs de plus : Wimbledon 1982, et l’US Open en 1982 et 1983. Il se maintient ensuite dans le top 10 jusqu’en avril 1989, alors âgé de 37 ans. Au crépuscule de sa longue carrière, il détient le record de 109 titres accumulés sur le circuit. Il a remporté huit tournois du Grand Chelem : l’Open d’Australie (1974), Wimbledon (1974, 1982) et l’US Open (1974, 1976, 1978, 1982, 1983).

Le lieu : Le Caesar’s Palace de Las Vegas

La Bataille des Champions se déroule au Caesar’s Palace, un hôtel et casino de luxe de Las Vegas. L’hôtel a ouvert en 1966, et de nombreuses stars s’y sont produites, comme par exemple Frank Sinatra ou Ella Fitzgerald. Le Caesar’s Palace accueille aussi régulièrement des combats de boxe, et son parking a même été le théâtre d’un Grand Prix de Formule 1 en 1981 et 1982.

L’histoire : Un match étrange

En 1992, Martina Navratilova, qui avait auparavant refusé de participer à des rencontres « homme contre femme » face à Ilie Nastase et John McEnroe, accepte d’affronter Jimmy Connors. Contrairement à la célèbre Bataille des Sexes livrée jadis par Billie Jean King et Bobby Riggs, il n’y aucun enjeu politique à cette Bataille des Champions. Chacun des participants reçoit 500 000 dollars pour sa participation, le vainqueur voyant son prix doubler. Il s’agit uniquement d’argent et de divertissement, au lieu d’être retransmis sur une chaîne publique, le match est diffusé sous le format pay-per-view. Les règles ont été modifiées pour équilibrer les forces : Connors ne dispose que d’une seule chance au service, et son adversaire peut jouer dans la première moitié des couloirs, gagnant ainsi plus d’un mètre en largeur. Tout ceci ne suffit pas à éteindre l’esprit de compétition de Connors.

« Vous pensez que c’est du divertissement » », déclare-t-il, d’après le New York Times. « Je considère que c’est mon boulot de jouer contre Martina. Et ce n’est pas aussi facile que vous le croyez. Mais j’ai été le meilleur joueur du monde chez les hommes, c’est quelque chose que j’ai beaucoup apprécié. Ca sera quelque chose d’être officieusement le meilleur chez les femmes à présent. »

Devant plus de 13 000 spectateurs, les deux légendes du tennis livrent un match étrange.

« Ce prétendu coup de poker dans le désert s’est avéré un match de tennis poussif, comme édulcoré. », écrit le Los Angeles Times, peu convaincu par le spectacle. Privé de deuxième balle au service, Connors sert à une vitesse moyenne de 104 km/h, bien loin des standards du tennis professionnel. Bien qu’il ait affirmé prendre le match très au sérieux, il semble frapper la balle nettement moins fort que lors de l’US Open, où il a récemment franchi le premier tour. Il se fait d’ailleurs breaker très rapidement, et Navratilova prend les devants, 3-1. Connors parvient cependant à revenir au score, et, son adversaire commettant pas moins de 26 fautes directes, dont une double faute sur la balle de set, il empoche la première manche, 7-5, après 52 minutes de jeu.
Le deuxième set est nettement plus facile pour Jimbo, qui a trouvé son rythme, alors que Navratilova ne parvient pas à utiliser efficacement l’espace supplémentaire qui lui est accordé. Connors s’impose 7-5, 6-2, et se déclare prêt à participer à nouveau à ce type d’événement, mais sans aménager le court de la sorte. « C’était trop de déplacement pour un homme de 40 ans », dit-il. « C’est trop d’espace à couvrir. »

« Je suis contente que ce soit fini », commente de son côté Navratilova. « La pression est montée pendant si longtemps, que j’étais plus stressée que je ne l’avais jamais été auparavant. Ce n’était semblable à rien que j’aie fait par le passé. C’est un autre type de pression, 14 000 spectateurs, et le public en pay-per-view. »

La postérité du moment : Fin de la « Bataille des Sexes »

L’opposition homme/femme de 1992 sera la dernière du genre, et si Karsten Braasch, alors 200e mondial, battra les sœurs Williams en 1998, leurs matches se dérouleront à l’abri des caméras. Malgré des controverses régulières, personne n’ira jusqu’à organiser une officielle « Bataille des Sexes » à nouveau.

Des années plus tard, en 2013, Connors révèlera qu’il avait parié un million de dollar sur sa propre victoire, en deux sets en perdant moins de huit jeux, ce qui pourrait expliquer sa nervosité au début du match, et son soulagement lorsque le niveau de jeu de Navratilova s’est effondré au deuxième set.

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