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22 mai 1995 : Le jour où Muster a battu Bruguera en finale à Rome

Le 22 mai 1995, Thomas Muster a battu Sergi Bruguera, meilleur joueur du monde sur terre battue, en finale à Rome. Il remportera Roland-Garros dans la foulée.

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Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi c’est historique : Un affrontement de purs terriens

Ce jour-là, le 22 mai 1995, Thomas Muster, alors 10e mondial, domine le 7e mondial Sergi Bruguera en finale des Internationaux d’Italie. Cette finale, disputée un lundi en raison de la pluie, voit s’affronter les deux joueurs de terre battue les plus redoutés de l’époque, l’Espagnol étant double tenant du titre à Roland-Garros, tandis que l’Autrichien survolait la saison sur terre et resterait invaincu jusqu’à gagner Porte d’Auteuil.

Les acteurs : Thomas Muster et Sergi Bruguera

  • Thomas Muster ou “Musterminator”

Thomas Muster est né en 1967. Gaucher, il développe un jeu classique de terre battue, imprimant beaucoup de lift des deux côtés et possédant une condition physique hors-normes. Il base son tennis sur de longs échanges très intenses du fond de court, qui lui valent le surnom de « Musterminator ». Il soulève son premier trophée sur le circuit en 1986, à Hilversum, sur terre battue, aux dépens de Jakob Hlasek (6-1, 6-3, 6-3). Bien que tous les tournois gagnés par Muster avant 1990 l’aient été sur ocre, son premier coup d’éclat en Grand Chelem a lieu sur dur, à l’Open d’Australie 1989, où il atteint les demi-finales (battu par Ivan Lendl, 6-2, 6-4, 5-7, 7-5). Cette même année, juste après avoir éliminé Yannick Noah en demi-finale à Miami, il est percuté par un chauffard et son genou est gravement endommagé.

Après une opération chirurgicale, il marque l’histoire du tennis lorsque l’image où on le voit frapper des coups droits assis sur un banc, la jambe plâtrée, fait le tour du monde. Il devient alors l’image même de la résilience. Sa volonté de revenir porte ses fruits et il est de retour en 1990. Malgré son premier titre sur dur à Adelaïde, il s’aperçoit bientôt que la terre battue est moins traumatisante pour son genou et se spécialise encore davantage, remportant pas moins de 21 titres sur terre battue. Parmi ceux-ci, les plus important sont le tournoi de Rome en 1990, et celui de Monte-Carlo en 1992 et 1995. Il a également atteint les demi-finales de Roland-Garros en 1990, battu par le futur vainqueur du tournoi Andres Gomez (7-5, 6-1, 7-5). 

  • Sergi Bruguera, un vrai spécialiste de la terre battue

Sergi Bruguera, né en 1971, se fait connaître du grand public en 1990, lorsqu’il élimine le premier mondial Stefan Edberg au premier tour de Roland-Garros (6-4, 6-2, 6-1). Vrai spécialiste de la terre battue, il a remporté quatorze titres à ce jour, dont un seul sur dur, à Bordeaux, en 1993. Il est le double tenant du titre à Roland-Garros, qu’il a gagné en 1993 et 1994 (en battant en finale respectivement Jim Courier, puis Alberto Berasategui), et gagné le tournoi de Monte-Carlo à deux reprises, en 1991 et 1993. Il base son jeu sur le lift, qu’il imprime des deux côtés à l’aide de prises très fermées, et sur un revers si régulier qu’il ne le rate pour ainsi dire jamais. Son tennis est si défensif que sur les six dernières éditions du tournoi de Wimbledon, il n’a fait que trois fois le déplacement. Il est l’un des meilleurs joueurs du monde sur terre battue.

On this day - Bruguera

Le lieu : Le bouillant Foro Italico (Rome)

Les Internationaux d’Italie ont lieu à Rome depuis 1935, au Foro Italico, un complexe sportive immense destiné initialement à soutenir la candidature de l’Italie pour accueillir les Jeux Olympiques de 1940. Classé dans la catégorie des Masters 1000, il est aujourd’hui encore l’un des tournois sur terre battue les plus prestigieux. Presque tous les plus grands joueurs de l’histoire du tennis ont foulé les courts du Stadio del Tennis.

Thomas Muster a déjà remporté l’épreuve en 1990, venant à bout d’Andrei Chesnokov en finale (6-1 6-3 6-1), alors que le meilleur résultat de Bruguera y est une demi-finale perdue face à Alberto Mancini (6-3 6-1) en 1991.

L’histoire : Muster domine un Bruguera épuisé en quatre manches

La finale du tournoi de Rome 1995 est la rencontre des deux joueurs emblématiques de la surface. Sergi Bruguera a remporté deux fois Roland-Garros, et Thomas Muster reste sur vingt-sept victoires de suite sur ocre, ayant déjà gagné quatre tournois : Mexico, Estoril, Monte-Carlo et Barcelone. Les deux joueurs sont réputés pour être très patients et plutôt défensifs, c’est pourquoi les spectateurs comme les journalistes s’attendent à une rude bagarre du fond de court.

Ils ne sont pas déçus. Immédiatement, Muster et Bruguera entament de longs échanges, criant aussi fort qu’ils tapent dans la balle. Tous deux jouent très haut, essayant de faire reculer l’adversaire pour le déplacer ensuite à l’aide de petits courts croisés. L’Espagnol comme l’Autrichien se tiennent loin derrière leurs lignes de fond et les amorties, comme souvent sur terre battue, sont donc bien utiles. Bruguera empoche le premier set 6-3 et le deuxième set se dénoue dans un tie-break qui pourrait lui donner une avance confortable. Malheureusement pour lui, c’est Muster qui le gagne et égalise à une manche partout. Thomas redevient “Musterminator”. Jouant un peu plus long que son adversaire, il dirige maintenant brutalement le jeu, épuisant petit à petit l’Espagnol dont le niveau de jeu chute dans les manches suivantes. Bruguera se résout à être plus agressif pour réduire l’impact physique de Muster, mais l’Autrichien réplique avec des passings millimétrés. Finalement, l’Espagnol, épuisé, ne peut plus donner la réplique à son adversaire et Thomas Muster s’impose 3-6, 7-6, 6-2, 6-3. Il en est maintenant à vingt-huit victoires d’affilée sur terre battue et s’apprête à arriver invaincu à Roland-Garros.

La postérité du moment : Muster vainqueur de Roland-Garros, son unique titre du Grand Chelem

Les deux joueurs seront près de se retrouver en finale de Roland-Garros, trois semaines plus tard, mais Sergi Bruguera butera en demi-finales sur Michael Chang, vainqueur du tournoi en 1989 (6-4 7-6 7-6). Thomas Muster, arrivé à Paris dans la peau du grand favori, supportera bien cette pression et ira jusqu’au bout pour remporter son premier et unique titre du Grand Chelem, aux dépens de Chang, battu en finale (7-5, 6-2, 6-4). 

Thomas Muster terminera 1995 à la troisième place mondiale, accumulant en tout douze titres, dont un à Essen où il parviendra à battre Pete Sampras, alors N°2 mondial, en salle sur surface rapide. Le 12 février 1996, Muster deviendra numéro 1 mondial, devant Andre Agassi, une place qu’il ne conservera en tout que six semaines. Cette année-là, il recommencera une incroyable série de victoires, conservant ses cinq titres à Mexico, Estoril, Monte-Carlo, Barcelone et Rome, avant de s’incliner à la surprise générale face à Michael Stich en huitièmes de finale de Roland-Garros (4-6, 6-4, 6-1, 7-6). Après un dernier grand titre en mars 1997 à Miami, où il battra en finale…Sergi Bruguera (7-6, 6-3, 6-1), et un dernier quart de finale Porte d’Auteuil en 1998 (perdu contre Felix Mantilla, 6-4, 6-2, 4-6, 6-3), Muster déclinera peu à peu et prendra sa retraite en 1999.

Sergi Bruguera ne gagnera plus jamais le moindre tournoi. Après une saison 1996 gâchée par une grave blessure à la cheville, il redeviendra dangereux en 1997, atteignant une troisième finale à Roland-Garros, où il sera cette fois surclassé par le Brésilien Gustavo Kuerten (6-3, 6-4, 6-2). Sa saison 1998 sera catastrophique, et il se débattra ensuite avec diverses blessures avant de prendre sa retraite à la fin 2001, après trois années passées à lutter pour rester dans le Top 100.

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