Rétro 2021 : Naomi Osaka, le film qui la montre selon ses propres règles

“Osaka” a été le documentaire-événement de l’année sur le tennis. C’est un objet en trois parties intrigant, à tous les sens du terme.

24 décembre 2021
Naomi Osaka, Cincinnati 2021

Fiche technique

  • A voir sur : Netflix
  • Réalisé par : Garett Bradley
  • Durée : 1h53 répartis en trois épisodes
  • 1er épisode : L’éclosion (38’)
  • 2ème épisode : Une mentalité de championne » 42’)
  • 3ème épisode : Nouveaux schémas » (33’)
  • Ils y figurent principalement : Naomi Osaka, Tamaki et Leonard Osaka (ses parents), Stuart Duguid (son agent),  Jermaine Jenkins (son entraîneur jusqu’à fin 2019), Wim Fissette (son entraîneur actuel)

Synopsis

La mini-série Netflix “Osaka” a pour but de montrer, côté backstage, comment Naomi Osaka s’est heurtée de plein fouet à la pression une fois parvenue au sommet en remportant son premier titre du Grand Chelem à l’US Open 2018 puis en devenant n°1 mondiale quelques mois plus tard. Le troisième épisode s’attache surtout à ses origines multi-culturelles et la façon dont elle a mis à profit sa notoriété en s’investissant dans le champ social – notamment la défense de la communauté noire après la mort de Georges Floyd – malgré une timidité quasi-maladive.

Les trois choses que l’on apprend en plus

  • Que la motivation première de Naomi Osaka pour devenir une joueuse professionnelle était de sortir sa mère de la pauvreté et de l’engrenage des petits boulots.
  • Qu’elle était assez proche de Kobe Bryant, le basketteur américain tué le 26 janvier 2020 dans un accident d’hélicoptère. Le documentaire a d’ailleurs été co-produit par Lebron James, une autre légende de la NBA.
  • Que son petit ami, le rappeur Cordae, est souvent présent sur les tournois.
Naomi Osaka at Cincinnati in 2021
Naomi Osaka at Cincinnati in 2021 © ZM / Panoramic

Les trois phrases que l’on retient

  • « Le tennis, pour moi, était un moyen de m’en sortir. C’était soit devenir une championne de tennis, soit courir après l’argent. »
  • « Longtemps, j’ai considéré que je n’avais de valeur que si je gagnais. Tous les gens qui me connaissent voient en moi une joueuse de tennis. Alors si je ne suis pas une bonne joueuse de tennis, je suis quoi ? »
  • « J’ai l’impression de devoir être irréprochable, de devoir éviter toute controverse. Mais au fond de moi, les non-dits s’accumulent. J’ai envie de prendre la parole et en même temps, j’ai peur. »

Notre avis

On peut se dire les choses franchement ? On a été assez déçu. Avouons déjà qu’on a eu beaucoup de mal à alimenter la rubrique ci-dessus sur les trois choses que l’on y apprend le plus. Soyons honnêtes : en réalité, on n’y apprend (à peu près) rien.

Netflix, dont les documentaires sportifs ont fait leur réputation sur le fond plutôt que sur leur forme, n’a pas évité le piège du plan com’ qu’une réelle plongée dans l’intimité de la joueuse. Sur ce point, il souffre de la comparaison avec celui sur Mardy Fish. 

Il n’a pas  forcément bien vieilli, en plus, puisque le documentaire a été tourné très en amont de sa date de sortie (juillet 2021), il n’aborde pas les déboires rencontrées par Osaka en 2021 avec la presse. Mais même. Il n’aborde pas franchement non plus les épisodes de dépression nerveuse dont la championne a dit plus tard avoir été victime à partir de son premier sacre majeur, à l’US Open 2018

Alors bien sûr, le savoir-faire de Garrett Bradley est prégnant, la réalisation parfaitement ciselée et les sympathiques images d’archives déterrées font qu’on passe malgré tout un agréable moment de visionnage. Et qu’on est forcément touché, à un moment ou un autre, par la gentillesse et l’empathie presque désarmantes de la championne japonaise.

Si Garett Bradley a précisément été choisie pour le caractère très éthéré de ses réalisations, une manière de nous plonger plus directement dans l’intimité d’Osaka,  le manque de témoignages « face cam », l’un des ingrédients principaux qui font souvent la puissance des docs Netflix, finit néanmoins par se faire sentir, masqué avec peine par le recours en force à la voix off.

Il y a d’autres manques aussi. Par exemple, on aimerait savoir un peu plus pourquoi et comment Naomi et sa sœur, Mari, ont pu se retrouver à passer huit par jour sur des courts municipaux dans leur enfance, presque livrées à elles-mêmes. Ou avoir quelques mots du coach allemand qui a réussi à l’emmener au sommet, Sascha Bajin.

Reste qu’on comprend bien malgré tout comment Naomi Osaka, cette championne gracile et fragile, transportée plus ou moins contre son gré dans un monde pas forcément fait pour elle, a fini par basculer dans un burn-out quasi inévitable, elle qui, comme elle l’avoue, n’était pas de base la plus grande passionnée de tennis du monde (elle “aime y jouer”, concède-t-elle, mais trouve l’attention qui lui est portée “ridicule”).

Et puis, on peut aussi garder espoir : la construction en mini-série laisse à penser que d’autres épisodes sont possibles. Il faudra y mettre un peu plus d’authenticité.

Your comments

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *