Nadal, Lendl, Henin, Seles… 9 légendes qui n’ont pas réussi à dompter l’une des surfaces du tennis

Les difficultés de Daniil Medvedev sur terre battue et les mauvais résultats de Rafael Nadal sur dur indoor sont réels. Mais les deux hommes ne sont pas les premiers joueurs de très haut niveau à avoir été défaillants sur une surface particulière.

Ce fut l’un des grands feuilletons de la saison 2021 et ce sera à nouveau un point d’attention en 2022 : Daniil Medvedev, numéro 2 mondial, parviendra-t-il à apprivoiser la terre battue ? Le Russe a un bilan plutôt peu flatteur sur cette surface. Après des défaites précoces à Madrid et à Rome, Medvedev est arrivé à Paris avec un bilan à vie de 11 victoires et 20 défaites sur ocre en tournoi ATP, soit 35,4 % de succès sur la surface – bien inférieur à ses 71 % de victoires sur dur et 60 % sur gazon.

Les performances de Medvedev sur terre battue, ou plutôt son manque de performance, ont été d’autant plus scrutées que le Russe avait, en 2021, une chance réelle de devenir le premier joueur en dehors du Big 4 à atteindre la place de numéro 1 mondial depuis Andy Roddick en 2003. Pour atteindre ce rang, Medvedev deva trouver une façon d’enchaîner quelques victoires sur terre battue en 2022.

Medvedev n’est pas le premier joueur de très haut niveau à rencontrer des difficultés sur une surface particulière. L’histoire du tennis a vu plusieurs grands joueurs échouer sur une seule surface, parfois jusqu’au bout de leur carrière. Voici un aperçu de quelques-uns des champions et championnes qui ont conquis des titres sur plusieurs surfaces mais qui ont eu du mal à surmonter l’obstacle final.

Rafael Nadal : le roi de la terre battue qui lutte sur dur indoor

La surface faible de Nadal : Dur indoor

Pourquoi on peut le dire : Parmi ses incroyables 88 trophées, Rafael Nadal n’a remporté qu’un seul tournoi ATP sur dur indoor (l’Open de Madrid en 2005). Et parmi les quelques lacunes de son CV, on note l’absence d’un titre au Masters – le tournoi le plus prestigieux du calendrier masculin après les quatre Grands Chelems.

L’histoire de Nadal avec l’indoor : Lorsque Nadal est arrivé sur le circuit en 2003, Nadal était perçu comme un joueur de terre battue, et ce qu’il allait ensuite accomplir sur dur et sur gazon n’allait pas de soi. L’armoire à trophées de Nadal est garnie en majorité par des titres sur terre battue (62), mais l’Espagnol a conquis les titres les plus prestigieux sur gazon (2008) puis sur dur (Open d’Australie en 2009, US Open 2010), surfaces sur lesquelles il est devenu une référence. En indoor, ça n’a jamais été le cas.

Au Masters, Nadal a terminé finaliste à deux reprises, en 2010, en perdant contre Roger Federer en trois sets, et en 2013 contre Novak Djokovic en deux sets. Nadal n’a pas, non plus, remporté le Masters 1000 de Paris-Bercy, après avoir atteint la finale une fois en 2007 et les demi-finales à quatre autres occasions.

Pourquoi Nadal peine-t-il sur dur indoor ? L’une des raisons invoquées pour expliquer les difficultés de Nadal en salle est que son lift et ses prouesses physiques, deux de ses plus grands atouts, ne font pas aussi mal à ses adversaires en salle que sur la terre battue ou sur dur. Les soutiens de Nadal font aussi observer que la saison en salle intervient généralement en fin de saison, lorsque l’Espagnol est habituellement épuisé après de longs mois sur le circuit.

Est-ce important ? Pas vraiment. Même si Nadal ne gagne jamais le Masters ou d’autres tournois indoor, il dort bien la nuit. Bien que son objectif de progresser en salle sera un des moteurs de Nadal tant qu’il jouera sur le circuit, il est peu probable que cela devienne une obsession – un peu comme la quête de Wimbledon d’Ivan Lendl dans les années 1980. Les 13 Roland-Garros et les 20 titres du Grand Chelem de Nadal lui ont assuré une place à part dans l’histoire du tennis.

Ivan Lendl : le rêve de remporter Wimbledon est resté vain

La surface faible de Lendl : gazon

Pourquoi on peut le dire : Lendl, un des premiers joueurs de haut niveau à professionnaliser le tennis à outrance, a remporté huit tournois du Grand Chelem et cinq Masters au cours de sa remarquable carrière. Mais le rêve de cet Américain d’origine tchèque de remporter le titre à Wimbledon est malheureusement resté inachevé.

L’histoire de Lendl avec le gazon : Lendl est devenu célèbre en zappant Wimbledon en 1982 en clamant : « l’herbe est faite pour les vaches ». Quelques années plus tard, Lendl était tellement déterminé à remporter le tournoi qu’il a engagé la légende australienne Tony Roche et a adopté le service-volée pour y parvenir. Lendl fait également l’impasse sur Roland-Garros à deux reprises, en 1990 et 1991, pour se préparer pour Wimbledon. Sans succès, il a buté deux fois sur la dernière marche du podium – face à Boris Becker en finale de Wimbledon 1986 et face à Pat Cash en finale de Wimbledon 1987, les deux fois en trois sets. Lendl a également atteint les demi-finales au All England Club à cinq reprises en huit ans, mais le trophée de Wimbledon lui a toujours échappé.

Est-ce important ? La quête inachevée de Wimbledon de Lendl reste l’une des plus grandes quêtes non résolues du tennis. Si le fait d’avoir entraîné Andy Murray vers ce titre a pu atténuer une partie de cette douleur, on peut se demander si Lendl aurait gagné Wimbledon s’il s’en était tenu à ses points forts en fond de court, comme Borg, cinq fois vainqueur, plutôt que de tenter l’approche service-volée. Personne connaîtra jamais la réponse.

Monica Seles : un rêve de Wimbledon éteint, comme ses cris

La surface faible de Seles: gazon

Pourquoi on peut le dire : Monica Seles aurait-elle remporté plus de tournois du Grand Chelem si sa carrière n’avait pas été brisée par la désastreuse attaque au couteau d’un fan dérangé de sa rivale Steffi Graf en 1993 ? C’est l’une questions en suspens de l’histoire du tennis les plus douloureuses. Seles, neuf fois vainqueure de tournois majeurs, a laissé un trou de la taille de Wimbledon dans son CV.

L’histoire de Seles avec le gazon : Le fait de jouer coups droits et revers à deux mains était loin d’être idéal pour le gazon au rebond bas de Wimbledon, ce qui ne l’a pas empêchée de battre Martina Navratilova, neuf fois championne de Wimbledon. Seles a même été finaliste en 1992. Peut-être distraite par les réclamations concernant ses cris lors des tours précédents, une Seles désormais muette s’est inclinée face à Steffi Graf en finale. Neuf mois plus tard, sa tragique agression au couteau l’éloignait du tennis pendant plus de deux ans. Bien qu’elle soit revenue pour remporter l’Open d’Australie en 1996 et faire partie du Top 10 pendant de nombreuses années, Seles n’a jamais retrouvé son niveau d’avant le coup de poignard et n’a jamais atteint une autre demi-finale au All England Club.

Est-ce important ? Avant ce break contraint, Seles semblait prête à réécrire l’histoire du tennis féminin. La gauchère avait remporté huit tournois du Grand Chelem avant même d’avoir vingt ans. Sa carrière et l’histoire du tennis féminin ont changé à jamais en ce jour funeste d’avril 1993. Lors de ses six apparitions au All England Club après son retour sur le circuit en 1995, Seles a atteint les quarts de finale à trois reprises, mais n’a pas pu s’approcher plus que cela du trophée Venus Rosewater Dish.

Justine Henin : la raison de son retour et de sa nouvelle retraite

La surface faible de Henin : gazon

Pourquoi on peut le dire : Justine Henin est une autre grande joueuse qui n’a pas réussi à remporter Wimbledon en simple. La septuple lauréate en Grand Chelem possédait un jeu naturellement adapté au gazon – un bon service, des coups de fond de court puissants, un slice en revers, de bonnes capacités à la volée et un excellent déplacement sur le court. Mais malgré deux finales et trois demi-finales, le Belge n’a pas réussi à soulever le trophée Venus-Rosewater. À tel point que le fait de voir Roger Federer réaliser le Grand Chelem en carrière à Roland-Garros en 2009 a déclenché le retour de Henin sur le circuit en 2010, alors qu’elle avait raccroché sa raquette en 2008.

L’histoire de Henin avec le gazon : À son retour, Henin a atteint la finale de son premier Grand Chelem disputé, lors de l’Open d’Australie, mais Wimbledon lui a encore une fois tourné le dos. La Belge s’est blessée au coude lors de sa victoire au troisième tour. Après avoir perdu contre sa compatriote Kim Clijsters au tour suivant, Henin a mis fin prématurément à sa saison 2010. Bien qu’elle ait repris la compétition en Australie en 2011, la blessure au coude qu’elle a subie à Londres l’a poussée à annoncer sa deuxième et dernière retraite début 2011.

Est-ce important ? Si l’on fait abstraction de Serena Williams, Henin a été l’une des meilleures joueuses de tous les temps des années 2000. L’absence d’un titre à Wimbledon a la plus grande conséquence : elle est absente du groupe des dix femmes qui ont réalisé le Grand Chelem en carrière dans le tennis féminin.

John McEnroe : à un set d’un grand bonheur à Roland-Garros

La surfacer faible de McEnroe : terre battue

Pourquoi on peut le dire : Outre Wimbledon, Roland-Garros est l’autre Grand Chelem où de nombreux grands joueurs de l’ère Open ont eu du mal à franchir le dernier obstacle. John McEnroe, l’enfant terrible du tennis, fait partie de ceux qui n’ont jamais remporté Roland-Garros. L’Américain n’a atteint la finale qu’une seule fois, en 1984 – la saison où il a compilé un extraordinaire record de 82 victoires et 3 défaites. Cette année-là, l’Américain est passé à un set de la victoire à Roland-Garros en menant deux sets à zéro contre Lendl en finale, avant que le Tchèque ne revienne pour remporter un match mythique en cinq sets : 3-6, 2-6, 6-4, 7-5, 7-5.

L’histoire de McEnroe avec la terre battue : Hormis l’édition 1984, McEnroe n’a atteint les demi-finales à Paris qu’une seule fois (en 1985). Il fait une pause sur le circuit en 1986 et ne retrouva jamais son ancien statut. McEnroe a depuis admis que la défaite de 1984 à Paris reste l’une de ses plus amères défaites et qu’elle l’affecte encore.

Est-ce important ? Le service-volée de McEnroe n’a jamais été particulièrement adapté à la terre battue européenne. Mais le scénario de cette finale laisse des regrets éternels aux fans de « Big Mac » : ils savent que la victoire était possible.

Pete Sampras : le serveur-volleyeur qui ne pouvait pas triompher à Roland-Garros

La surface faible de Sampras : terre battue

Pourquoi on peut le dire : Alors qu’Andre Agassi (1999), Roger Federer (2009) et Novak Djokovic (2016-2021) ont tous réussi à compléter leurs titres du Grand Chelem en carrière par des victoires à Roland-Garros, trois des plus grandes légendes du tennis de l’ère Open n’ont pas réussi à compléter leur Grand Chelem en carrière.

L’histoire de Sampras avec la terre battue : Pete Sampras, dont les 14 titres du Grand Chelem ont longtemps été la référence dans le tennis masculin avant d’être battu par Federer en 2009, puis par le Big 3 à plusieurs reprises, fait partie de ce groupe. Le puissant jeu de service et de volée et le style de jeu agressif de l’Américain ont été ralentis par la terre battue européenne et il n’a jamais atteint la finale à Paris. Sa meilleure performance remonte à 1996, lorsqu’il atteint les demi-finales, battu par Yevgeny Kafelnikov 7-6, 6-0, 6-2.

Sampras, qui avait atteint trois quarts de finale successifs de 1992 à 1994 avant sa demi-finale (il s’était incliné face à Andre Agassi, Sergi Bruguera et Jim Courier ces années-là), n’a atteint le troisième tour qu’une seule fois en six participations après sa défaite contre Kafelnikov.

Est-ce important ? Un titre à Roland-Garros aurait fait de Sampras l’un des neuf hommes à avoir réalisé le Grand Chelem en carrière. Mais compte tenu de ses autres records, à savoir 14 titres du Grand Chelem, record qui sera battu par Roger Federer, et six années terminées comme numéro 1, un record battu par Djokovic en 2021, la place de l’Américain dans l’histoire du tennis est solidement ancrée.

Boris Becker : Boum Boum, mais pas sur terre

La surface faible de Becker : terre battue

Pourquoi on peut le dire : Comme Sampras, Becker, l’un des meilleurs serveurs-volleyeurs de tous les temps, n’a pas réussi à s’imposer à Paris et à compléter sa série pour réaliser Grand Chelem en carrière. Becker a atteint et perdu les demi-finales de Roland-Garros à trois reprises – 1987 (battu par Mats Wilander 6-4, 6-1, 6-2), 1989 (battu par Stefan Edberg 6-3, 6-5, 5-7, 3-6, 6-2) et 1991 (perdu contre Andre Agassi 7-5, 6-3, 3-6, 6-1) .

Est-ce important ? Plus surprenant que la disette de Becker à Roland-Garros, l’Allemand n’a pas remporté de titre en simple sur terre battue dans toute sa carrière, malgré six finales (dont cinq en Masters 1000). Mais les six titres du Grand Chelem de Becker suffisent à lui assurer une place parmi les grands de tous les temps.

Stefan Edberg : le Suédois au style différent

La surface faible d’Edberg : terre battue

Pourquoi on peut le dire : À l’instar de Sampras et de Becker, Edberg, autre grand serveur-volleyeur, n’a pas réussi à compléter sa série de tournois du Grand Chelem par un titre à Roland-Garros.

L’histoire d’Edberg avec la terre battue : Edberg a réalisé son meilleur résultat à Roland-Garros en 1989, lorsqu’il a atteint la finale. Bien que grand favori contre Michael Chang, 17 ans et tête de série n°15, le Suédois a été battu par le jeune Américain en cinq sets 6-1, 3-6, 4-6, 6-4, 6-2. Le Suédois, dont le style de service et de volée contrastait fortement avec le style de fond de court utilisé par ses compatriotes Bjorn Borg et Mats Wilander, qui ont tous deux remporté le titre de Roland-Garros.

Edberg a également atteint trois autres quarts de finale à Paris, dont le dernier en 1993.

Est-ce important ? Le Suédois a remporté deux fois l’Open d’Australie, deux fois Wimbledon et deux fois l’US Open, ce qui lui a valu d’entrer au International Tennis Hall of Fame.

Björn Borg : celui qui a dompté la terre et le gazon, mais pas le dur

La surface faible de Borg : le dur

Pourquoi on peut le dire : Au début, en raison des différences marquées de vitesse des courts, le tennis, surtout chez les hommes, comptait de nombreux spécialistes du gazon et de la terre battue. Mais il n’y a pas eu beaucoup de cas où un joueur a dominé sur terre et sur gazon, sans réussir à remporter un tournoi majeur sur dur.

L’histoire de Borg avec le dur : Björn Borg a été la première rock star du tennis, remportant Roland-Garros et cinq Wimbledon entre 1974 et 1981. Mais le Suédois n’a jamais réussi à remporter un Grand Chelem sur dur. S’il ne s’est rendu qu’une seule fois à l’Open d’Australie, en 1974, alors que le tournoi se jouait encore sur gazon, Borg a atteint quatre fois la finale de l’US Open (une fois sur terre battue en 1976, et trois fois sur dur en 1978, 1980 et 1981), mais il a échoué à chaque fois.

Sa dernière finale à Flushing Meadows, en 1981, perdue face au rival John McEnroe, peu après sa défaite en finale de Wimbledon quelques mois plus tôt, a conduit le Suédois à prendre une pause prématurée du circuit. Bien que Borg ait joué sporadiquement au cours des années suivantes et qu’il ait tenté de revenir sur le circuit au début des années 1990, il n’a jamais retrouvé son statut de vainqueur potentiel en Grand Chelem, que ce soit sur dur ou ailleurs.

Est-ce important ? Borg fait partie des rares joueurs qui ont excellé sur terre battue et sur gazon mais qui n’ont pas réussi à remporter un tournoi majeur sur dur au cours de leur carrière. Il est une légende vivante du tennis, et ses échecs à l’US Open font aussi partie de son histoire.

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