« Je pensais que ce serait insurmontable » : Monfils dit un dernier au revoir à Paris, en paix

Calme et placîde, Gaël Monfils a fait ses adieux au public parisien mardi au Rolex Paris Masters, sans éluder une période personnelle difficile, en dédiant son dernier tour d’honneur à sa fille Skaï, aux côtés de Tsonga, Gasquet et Simon.

« Je pensais que ça allait être insurmontable de venir vous dire au revoir dans les yeux. » Gaël Monfils a adressé ces mots au public parisien, mardi soir, les derniers de sa carrière, lors de la cérémonie organisée en son honneur au Rolex Paris Masters.

Le Français, qui aurait dû participer à ce tournoi mais qui a mis fin à sa carrière en octobre, quasiment en secret, en raison de sa rupture avec Elina Svitolina, n’a pas éludé les difficultés de ces derniers mois. « J’ai eu une période un peu plus compliquée personnellement », a-t-il reconnu, en remerciant le directeur du tournoi, Cédric Pioline, et le président de la Fédération française de tennis, Gilles Moretton, de l’avoir aidé à « surmonter toutes [ses] peurs, toutes [ses] craintes », à l’idée de s’afficher une dernière fois en public, même sans raquette.

Cédric Pioline, Gaël Monfils, Gilles Moretton | © Alice Jacquesa pour Tennis Majors
Cédric Pioline, Gaël Monfils, Gilles Moretton | © Alice Jacquesa pour Tennis Majors

Cette soirée marquait la fin officielle de sa carrière, après une saison passée en hommage quasi permanent, notamment depuis Roland-Garros en mai. Monfils, qui a fêté ses 40 ans pendant l’US Open, n’est plus un futur retraité : il est désormais retraité, et il est allé au bout de son dernier objectif, qui était de jouer jusqu’à 40 ans.

« J’ai pu m’asseoir pendant quelques semaines, je ne vais pas vous le cacher, des semaines qui étaient un peu plus pénibles, mais j’ai pu m’asseoir et vraiment profiter des images, voir ce que j’ai pu accomplir, a-t-il raconté. J’ai fait le maximum. Je suis vraiment heureux, vraiment en paix avec tout ce que j’ai pu faire. »

Le moment le plus touchant est venu quand il a évoqué sa fille Skaï, 4 ans. « Non mais là, tu ne parles pas assez de moi, papa », lui a-t-elle reproché, avant de lui demander pourquoi les gens venaient lui dire « bonjour », sans comprendre qu’il s’agissait en réalité d’un immense « au revoir ». Il a raconté la suite de leur échange :

– Papa est très gentil, il faut que tu sois très gentille.
– Je veux être très gentille, moi aussi. Et moi aussi, je veux être championne.
– Skaï, tu veux être une championne de quoi ?
– Je veux être une championne de tout.
– Il va quand même falloir choisir.
– Je voudrais être championne de parler.
– Bon, c’est un concept.
– J’aimerais être championne de tennis.

Il lui a dédié son « dernier tour d’honneur ». « Ma Skaï, ton papa était joueur de tennis, il a aimé le tennis. J’ai grandi à Paris, j’ai eu un public magnifique, et j’espère du fond du cœur que tu seras championne de tout ce que tu envisages, et qu’un jour tu pourras jouer ici à Paris. » Il a aussi rappelé que ce 3 novembre marquait les huit ans du début de sa relation avec la mère de Skaï.

Monfils a ensuite été rejoint sur le court par les trois autres « Nouveaux Mousquetaires » du tennis français, Jo-Wilfried Tsonga, Richard Gasquet et Gilles Simon, dont il était le dernier encore en activité. Benoît Paire et le chanteur M. Pokora étaient aussi là, tandis que résonnait « La Monf, la Monf, on est là pour toi, Paris chante avec toi ».

Des adieux mélancoliques, loin de ceux de Roland-Garros

Une profonde mélancolie flottait sur cette cérémonie de 15 minutes, loin de ses adieux à Roland-Garros en mai, plus longs, plus intenses et plus énergiques. Élégamment vêtu d’un gilet gris clair et d’un pantalon gris foncé, Monfils est resté calme et placide du début à la fin, comme à la Porte d’Auteuil. L’hypersensible n’aura pas pleuré en public.

Cédric Pioline et Gilles Moretton l’ont accueilli sur le court pendant que Marc Maury égrenait son palmarès, de son titre de champion du monde junior à ses 13 titres ATP. Monfils a commencé par un tour d’honneur, avant de se placer entre les deux hommes. Une vidéo a ensuite montré des images de lui au Rolex Paris Masters, en équipe de France de Coupe Davis, chez les juniors à Roland-Garros et sur le circuit ATP, avant que le public ne déploie un grand tifo « Merci Gaël ».

Je ne vais pas vous cacher que c’est un moment vraiment pas facile, de dire au revoir à la plus belle chose que cette terre a pu nous donner : c’est vous, ce public magnifique

« Je ne vais pas vous cacher que c’est un moment vraiment pas facile, de dire au revoir à la plus belle chose que cette terre a pu nous donner : c’est vous, ce public magnifique. 22 ans, 22 ans maintenant que je suis joueur professionnel de tennis, 22 ans d’une histoire extraordinaire que jamais je n’aurais pu vraiment rêver. »

Il a aussi remercié ses parents. Son père était dans la salle, sa mère auprès de sa fille. « On est venus “au Rolex” pour la première fois dans les années 2000, on a regardé des matches, j’ai joué pour la première fois au Rolex en 2004, et on est ici en 2026, a-t-il rappelé. Donc c’est quand même grâce à vous, papa et maman. »

Monfils à Paris : deux finales, aucun titre

Monfils a disputé 11 éditions du tournoi, pour un bilan de 16 victoires et 10 défaites. Il a atteint la finale deux années consécutives, battu par Novak Djokovic 6-2, 5-7, 7-6 (3) en 2009, puis par Robin Söderling 6-1, 7-6 (1) en 2010, après avoir éliminé Roger Federer 7-6 (7), 6-7 (1), 7-6 (4) en demi-finales.

Sa première victoire à Paris remonte à 2004, à 18 ans, face à Thomas Enqvist, 1-6, 6-4, 6-3. Son dernier match ici fut une défaite au premier tour en 2023 face à Francisco Cerundolo, vainqueur 4-6, 7-6 (2), 7-5. Monfils, connu pour pouvoir faire se lever tous les publics du monde, n’aura jamais joué à La Défense Arena.

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