Comment le tennis est redevenu un sport à la mode à cause – ou grâce – au Covid-19

La pandémie a permis au tennis de gagner de nombreux joueurs et joueuses, notamment en raison de la distanciation sociale. Zoom en France, au Royaume-Unis et aux Etats-Unis.

Tennis courts, Berlin, 2020

Mars 2020. Le monde du tennis ferme rapidement ses portes. La saison est en suspens. Joueurs et officiels restent à la maison en raison de l’interdiction des voyager à l’étranger. Le tennis découvre le monde sous infection à la Covid-19. Ça, c’est pour le tennis pro. Celui-ci a repris ses activités, et continue de slalomer entre les contraintes et les restrictions, comme le prouve l’actualité brûlante autour des conditions d’organisation de l’Open d’Australie.

À une échelle moins élitiste, plus amateure, le tennis s’est lui aussi arrêté au printemps 2020. Mais il se porte formidablement bien. Un rapport de l’ITF, la fédération internationale, fait état d’une augmentation de 4,5 % de joueurs parmi 41 pays depuis 2018. Les États-Unis ont peut-être connu la hausse la plus spectaculaire de ces deux dernières années.

22% de joueurs en plus aux Etats-Unis

La Fédération américaine de tennis, l’USTA, a publié des chiffres qui montrent une augmentation de 22 % de son nombre de licenciés durant l’année 2020. Parmi eux, des personnes qui ont repris le tennis et d’autres qui le pratiquent pour la première fois.

« Ces nouveaux chiffres de participation sont le résultat tangible du travail acharné, de la passion et de l’engagement d’un secteur qui a travaillé ensemble pour s’assurer que le tennis n’allait pas seulement survivre mais qu’il allait aussi se développer », a déclaré Mike Dowse, directeur général et directeur exécutif de l’USTA, en février 2021.

« Même si nous continuons de faire face à des défis, il est évident qu’un nombre croissant de gens reconnaissent au tennis un statut de sport de distanciation sociale idéal, ce qui le place dans une excellente position pour continuer à se développer et permettre aux gens de rester actifs et de sociabiliser de manière sûre en faisant du sport. »

Illustration 2020
Balles Head Tour du tournoi Open sud de France – © Panoramic

Les sports de contact interdits au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, les sports de contact étant interdits pendant la majeure partie de l’année, l’offre d’activités physiques était très limitée – à l’exception du tennis et du golf. Cela a représenté une grande opportunité pour les clubs de tennis locaux, mais aussi de grands défis.

La Lawn Tennis Association (LTA), qui dirige le tennis britannique, compte désormais 10 638 organisations affiliées, dont des écoles, des clubs sociaux et des salles de sport. Il y en avait seulement 2 699 en 2020.

La LTA rapporte aussi que les clubs avaient connu une augmentation du nombre de membres, le tennis étant considéré comme un sport « sans risque » – il ne nécessite pas de contact physique avec son adversaire ou même son partenaire en double, le matériel est facile à nettoyer et le risque de Covid-19 est réduit en plein air.

Babolat enregistre des tendances malgré la pandémie

Des situations similaires se sont produites dans le monde entier, comme l’a expliqué Eric Babolat, PDG de la marque française Babolat à Tennis Majors. Malgré un arrêt total de trois mois au début de la pandémie, l’équipementier français a presque atteint ses objectifs de vente en 2020 et les a dépassé de 20 % en 2021. A sa connaissance, les magasins et les clubs rapportent les mêmes chiffres. Seule l’amplitude peut varier d’un territoire à l’autre.

« Le tennis est un sport qui ne régénérait pas sa base de pratiquants. Le Covid a redonné un coup de boost, a indiqué Eric Babolat au moment du lancement de la fondation Tennis Is Us, à Paris, une association visant à aider les clubs à mettre en place des programmes de fidélisation et de développement. « Les gens se sont dits : ‘finalement, ce sport, il est bien, il est « fun » à pratiquer, j’ai un terrain à côté de chez moi, il y a la distance sociale : je joue. »

Eric Babolat, Roland-Garros 2018
Eric Babolat, Roland-Garros 2018 – © Gwendoline Le Goff / Panoramic

Le tennis est un sport qui ne renouvelait plus sa base de joueurs. Le Covid-19 lui a donné un coup de boost.

Eric Babolat, PDG de la marque Babolat

« Depuis l’été dernier », poursuit Babolat, « le tennis se développe à nouveau et cela a pris tout le monde par surprise. Nous étions dans un univers sans réelle croissance depuis plusieurs années. C’était « flat » en Europe, aux Etats-Unis comme au Japon. En dehors peut-être de la France, qui est très structurée avec le mini-tennis, les jeunes avaient du mal à se lancer dans un sport où on n’a pas un bon niveau tout de suite, où il y a incertitude sur la durée des matchs, mais on voit qu’il suffit de pas grand chose pour que ça reparte. Le constat est « assez global. »

Les pratiquants sont revenus au tennis, « soit par nécessité, soit par ennui », selon Eric Babolat, qui estime à quatre millions le nombre de nouveaux joueurs aux États-Unis depuis 2020. « Depuis, beaucoup de gens se rendent compte qu’ils peuvent se faire plaisir sans être des champions, juste pour jouer au grand air avec les amis. Ces nouveaux pratiquants, il faudra savoir les garder, ils venaient peut-être d’autres sports indoor. Nous sommes en train d’accueillir une couche de joueurs loisirs qu’on saura garder. »

Le Wetherby Tennis Club, l’exemple parfait

Steve Jones est du même avis. Président du Wetherby Tennis Club dans le Yorkshire, au nord de l’Angleterre, il a consciemment transformé les problèmes causés par la pandémie en opportunité. Le club possède cinq courts au bord d’une rivière, La Wharfe, tous équipés de lumières pour une pratique nocturne.

Début 2020, ses installations ont subi une inondation après que de violents orages ont fait monter le niveau des rivières dans tout le pays. Les dirigeants étaient déjà prêts à réfléchir à la façon dont ils pourraient survivre – et trouver des fonds supplémentaires pour payer les réparations nécessaires.

Lors de la première vague, le bureau a ouvert les courts à la population locale, offrant un mois d’adhésion gratuite. En l’absence de directives claires de la part du gouvernement ou de la LTA au cours des premières semaines, le club a pris ses propres mesures pour se protéger du Covid-19 – en interdisant l’accès à certains courts pour maintenir une distanciation sociale, en inventant un système de réservation pour que les gens n’aient pas à attendre, en mettant à disposition du gel désinfectant pour les mains.

300 membres avant le COVID, 550 après

Alors que le club compte habituellement 300 membres, environ 550 adultes se sont inscrits durant les trois mois qui ont suivi le confinement. Les courts étaient ouverts de 7 heures à 21h30. Tous étaient occupés, mais, rapporte-t-il fièrement, jamais surchargés ou avec une file d’attente. Le club a notamment réduit les frais d’adhésion. Il prévoit un retour progressif aux tarifs habituels à l’avenir, sans renoncer à conserver les nouveaux pratiquants.

Steve Jones ne pense pas que le succès du tennis professionnel britannique ait un impact important sur cette tendance. Avec Emma Raducanu, Joe Salisbury et Neal Skupski qui ont remporté des tournois du Grand Chelem en 2021 en simple ou en double, et Cameron Norrie qui a remporté le Masters 1000 d’Indian Wells et disputé le Masters, le tennis pro a été un sujet de conversation au club house mais pas un déclencheur de vocation.

Le club a également connu un léger changement démographique. Plus de jeunes et de familles aux ressources financières modestes ont rejoint le club en plus des membres seniors réguliers. Le club a interrogé les nouveaux membres pour leur demander ce qu’ils aimeraient voir pour les encourager à rester : plutôt que des animations, ils ont plaidé pour plus de créneaux d’entraînements et plus de places de parking.

Jones l’assure : l’engagement de ces nouveaux membres est une tendance très encourageante pour l’avenir du tennis. « Il faut un changement de génération », pensait-il avant la pandémie. Celle-ci lui a offert ce changement.

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