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Comment Indian Wells cristallise tous les maux actuels du tennis féminin

Absence des deux meilleures mondiales, relatif manque d’enjeux et de rivalité, craquages mentaux, déconfiture des Françaises… Le Masters 1 000 d’Indian Wells est pour l’heure une caricature des maux actuels du tennis féminin.

Naomi_Osaka_Indian_Wells_2022 @AP Photo/Mark J. Terrill

Indian Wells 2022 | Tableau | Programme

A l’heure où le circuit ATP et WTA s’apprêtent à faire cause commune dans un circuit élargi de Masters 1 000 combinés, il faudra bien, à un moment donné, que le tennis féminin retrouve enfin les attraits qui ont fait sa gloire, à une époque qui semble révolue depuis maintenant une vingtaine d’années.

Rien à voir avec le niveau de jeu global, qui n’a jamais vraiment cessé d’augmenter, peut-être pas en valeur absolue mais en niveau moyen. Là où les meilleures, autrefois, atteignaient les finales des grands tournois en sifflotant, toutes les joueuses témoigneront désormais, et ce n’est pas une simple formule de politesse, que le danger existe à tous les étages.

Non, le problème principal du tennis féminin, relativement bien identifié aujourd’hui, porte plutôt sur son absence totale de lisibilité. Certains diront que le turn-over permanent a son charme, ce qui est possible, mais les faits sont là : le grand public a besoin de repères pour s’y retrouver. Or, à Indian Wells, il est encore bien difficile de s’accrocher à des valeurs refuge. Et ce pour des raisons diverses.

Une patronne absente (et pas que)

On n’a aucune leçon à donner à la numéro un mondiale Ashleigh Barty sur la manière de mener sa carrière et sa programmation : elle le fait visiblement très bien.

Néanmoins, on est en droit de trouver regrettable que la patronne actuelle du tennis féminin, la seule depuis plusieurs saisons à n’être jamais vraiment prise à défaut en matière de constance, ne soit pas présente à un diptyque de tournois aussi importants qu’Indian Wells et Miami.

L’Australienne a préféré renoncer, évoquant un motif qui n’a pas convaincu grand monde, à savoir qu’elle n’aurait pas bien récupéré physiquement après son titre à l’Open d’Australie où elle s’était pourtant imposée en survolant quasiment tous ses matches.

Barty, qui avait déjà mis un terme à sa saison après l’US Open l’an dernier, n’a jamais vraiment caché sa difficulté à s’éloigner trop longtemps de sa lointaine île australe. On peut, sur le plan humain, parfaitement le comprendre et le respecter. Mais sur le plan sportif, c’est dommageable et il est presque normal qu’elle en paye en conséquence une certaine indifférence d’un milieu dont elle ne semble pas elle-même farouchement éprise.

Le tennis féminin a besoin de grandes championnes – Barty en est une incontestablement – mais surtout de grandes championnes entièrement dédiées à leur discipline, comme c’est le cas du Big Three chez les hommes, et comme ça a été le cas dans le passé avec des légendes comme Martina Navratilova, Chris Evert, Steffi Graf, Monica Seles, la meilleure Serena Williams, ou, en France, Amélie Mauresmo. Liste non exhaustive, bien entendu.

A Indian Wells, il manque non seulement la numéro un mondiale mais aussi la numéro deux, Barbora Krejcikova (blessée au bras) ainsi que la finaliste de l’Open d’Australie, Danielle Collins. Forcément, ça laisse la porte ouverte à de nouveaux changements.

Un relatif manque d’enjeu

Après tout, hormis pour la “simple” raison de peaufiner son palmarès, ce qui ne semble pas être sa principale motivation, pourquoi Ash Barty s’embêterait-elle à faire le lointain déplacement américain ? Sa place de numéro un mondiale n’est absolument pas en danger, elle qui compte une avance abyssale sur ses principales rivales.

Sans réellement donner l’impression de tirer sur la machine, l’Australienne entame cette semaine sa 119e semaine à la tête du classement WTA, ce qui la place au septième rang des règnes les plus longs. Devant, désormais, Justine Henin et des championnes de la trempe de Lindsay Davenport, Maria Sharapova, Kim Clijsters ou Venus Williams. Et plus si loin de Monica Seles (178). Autant de joueuses dont l’impact laissé dans le tennis féminin semble, pour l’heure du moins, bien plus significatif.

Au moins peut-on se délecter d’une forme de constance retrouvée à la tête de la hiérarchie, quand celle-ci semblait bouger chaque semaine à une époque, ce qui n’était pas mieux. D’accord, mais puisque l’on n’est jamais content, on peut quand même souligner que la plus haute marche du classement a d’autant plus de valeur si elle est véritablement contestée, ce qui n’est pas tellement le cas aujourd’hui.

On en veut pour preuve cette drôle de stat’ : sur les 15 tournois que compte son palmarès (dont trois Grands Chelems et deux Masters 1 000), Barty a battu 14 adversaires différentes en finale. On ne lui connaît pas de rivale clairement identifiée. Or, on a beau dire, ce sont toujours les grandes rivalités qui ont marqué l’histoire d’un sport et de ses champions.

Le tennis féminin en semble dénué depuis quasiment vingt ans désormais. Le duo Serena Williams-Maria Sharapova, sans être à proprement parler une rivalité vu la domination incontestable de l’Américaine dans les face-à-face (20-2), reste probablement le dernier véritablement attractif du tennis féminin.

A défaut, le seul enjeu du Masters 1 000 d’Indian Wells porte sur la place de numéro deux : absente, Barbora Krejcikova laisse la porte ouverte à Iga Swiatek, Anett Kontaveit, Maria Sakkari ou Paula Badosa, dont le dévouement à leur sport ne semble en revanche pas contestable. A propos de cette dernière nommée, précisons qu’elle vise une autre performance : devenir la deuxième joueuse à conserver son titre à Indian Wells, après Martina Navratilova en 1990 et 1991, seule à l’avoir réussi jusqu’ici.

La déconfiture de nombreuses têtes d’affiche

Les absences de Barty et Krejcikova, conjuguées aux éliminations précoces d’Aryna Sabalenka (N.2), Garbiñe Muguruza (N.3), Karolina Pliskova (N.7) et Ons Jabeur (N.9), ont pour effet qu’à l’aube des huitièmes de finale, il ne restait déjà plus que quatre joueuses du top 10 encore en lice.

C’est trop peu, surtout pour un tournoi qui avait l’habitude auparavant d’être une place forte des grandes dames, sacrant ainsi la numéro un mondiale une fois sur deux entre 1990 et 2012. Depuis le succès de Victoria Azarenka cette année-là, il y a dix ans donc, le tournoi californien ne s’est pas offert une seule fois à la meilleure joueuse du monde.

Plus troublant encore est la manière dont on a perdu ces têtes d’affiche : Muguruza menait 6-0, 3-0 contre l’Américaine Alison Riske (53e mondiale), Pliskova menait 6-2, 5-2 contre la Serbe Danka Kovinic (71e), Ons Jabeur menait 2-0 au troisième set contre l’Australienne Daria Saville (ex-Gavrilova) et Sabalenka a encore commis 10 doubles fautes contre l’Italienne Jasmine Paolini (46e). C’est sans doute très caricatural, mais le tennis féminin semble régi par ces effondrements (plus ou moins) mentaux quasiment devenus une norme.

Le nouveau “craquage” d’Osaka

Mais en terme d’effondrement mental, on pense surtout à celui dont a une nouvelle fois été victime Naomi Osaka. La Japonaise, elle aussi déjà battue (et très sèchement) par la Russe Veronika Kudermetova (6-0, 6-4), s’est effondrée en larmes en plein match après qu’un spectateur l’ait traitée de “nulle”.

Si la remarque manquait pour le moins d’intelligence, elle n’aurait pourtant pas dû toucher autant une joueuse à ce point habituée au regard du public, et donc aux critiques indélicates. La réaction de l’ancienne numéro un mondiale (désormais 78e) montre surtout à quel point elle ne paraît pas sortie des épisodes dépressifs dont elle est victime depuis plusieurs années maintenant. Sa (trop ?) grande sensibilité a un (trop ?) gros impact sur son tennis et sa carrière.

C’est terrible, avant tout pour elle bien sûr, mais aussi pour le tennis féminin qui voit s’éloigner de plus en plus, à la dérive, une de ses joueuses les plus charismatiques. Sur ce plan, l’absence prolongée de Serena Williams est, là aussi, fortement préjudiciable.

Les Françaises aux abonnées absentes

Enfin, notre vision franco-française de la situation ne peut qu’être encore plus alarmée par la disparition totale des joueuses tricolores après seulement deux jours de compétition.

Il est vrai qu’elles n’étaient que cinq dans le tableau : Alizé Cornet, Harmony Tan (qualifiée), Clara Burel, Oceane Dodin et Caroline Garcia. Cette dernière a été la seule à gagner un match. C’est peu, surtout après l’embellie de l’Open d’Australie où Cornet avait superbement atteint les quarts de finale.

Et ce n’est pas un tel bilan qui va nous rendre le sourire ni nous donner l’envie de plaider la cause d’un tennis féminin qui a pourtant tous les atouts, financiers et marketing, pour (re)devenir le passionnant feuilleton dans lequel on rêve de se replonger.

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