« Fatigué des petites histoires, des petites guéguerres… » : Tsonga et Gasquet prêts à aider leurs successeurs

Pour la première fois, il n’y a aucun Français au 3e tour de Roland-Garros. Une issue logique avec le déclin des Quatre Mousquetaires, qui n’ont pas gagné de Grand Chelem, mais ont souvent, par leurs performances, éclipsé la question de la prochaine génération. Jo-Wilfried Tsonga et Richard Gasquet livrent des pistes à mener pour relever le tennis français.

Tsonga Gasquet avant la finale de Coupe Davis contre la Suisse, en novembre 2014.

atL’heure est au bilan. Les « Quatre Mousquetaires » – ils n’aiment pas qu’on les appelle comme cela, mais qu’importe – sont au crépuscule de leur carrière : Richard Gasquet, Gilles Simon et Jo-Wilfried Tsonga ont peut-être disputé leur dernier Roland-Garros en 2021. Cette année, Gaël Monfils et Gasquet ont été les deux meilleurs Français avec un deuxième tour (Enzo Couacaud était le troisième représentant français à ce stade de la compétition). Une piètre performance, dans la lignée de celles réalisées l’an passé (Tsonga forfait, Simon et Monfils battus d’entrée, Gasquet au deuxième tour).

Mais en 2020, Hugo Gaston, surprenant huitième de finaliste, avait concentré les regards et évité, malgré lui, une remise en question du tennis français et de cette génération dorée. Cette année, pas de bonne surprise pour détourner l’attention. Aucun n’a atteint le troisième tour du Grand Chelem parisien, une première depuis les débuts des Internationaux de France, en 1925. Gasquet a parlé jeudi soir de « fin de cycle ».

La question est revenue sans cesse ces dernières années : pourquoi nos Tsonga, Gasquet, Simon et Monfils ne sont pas parvenus à remporter un Grand Chelem quand des adversaires de leur pedigree, Marin Cilic, Stan Wawrinka ou encore Juan Martin Del Potro, ont saisi leur opportunité ?

Gaël Monfils a quitté Roland-Garros dès le deuxième tour, comme Richard Gasquet. Chryslène Caillaud / Panoramic

Interrogés en conférence de presse, Jo-Wilfried Tsonga, battu d’entrée par Yoshihito Nishioka, et Richard Gasquet, sorti avec les honneurs par Rafael Nadal au 2e tour, n’ont pas éludé le sujet, au contraire de Monfils, sans doute celui des quatre qui finira sa carrière en dernier. Le Manceau et le Biterrois s’accordent : le contexte et la pression médiatique ont eu un impact négatif sur leurs performances. « On avait l’impression qu’on nous tirait un peu vers le bas », a dit Tsonga.

Un manque de bienveillance

Là-dessus, Gasquet s’est montré plus bavard, lui qui avait été bombardé à 9 ans en une de Tennis Magazine avec ce titre : « Le champion que la France attend ? ». « De temps en temps, tu sens un peu de défiance. Ce n’est pas toujours évident quand tu arrives, que tu es jeune, que tu es jeté dans la fosse. J’ai senti de temps en temps des choses difficiles des médias, du public, même des anciens joueurs. Je n’ai pas toujours senti une bienveillance énorme de tout le monde. Jo, c’est pareil. Après, on ne fait pas Cosette. Mais quand tu as 18, 19, 20 ans, je n’ai pas toujours senti tout le monde derrière moi. »

Les deux hommes ont envie de transmettre et d’aider le tennis français à se relever. Car derrière eux, c’est le vide ou presque. Malgré une demi-finale et deux quarts en Grand Chelem, Lucas Pouille peine à revenir à son meilleur niveau. Ugo Humbert, qui n’a pas encore dépassé le deuxième tour en Majeur, hormis à Wimbledon, et Corentin Moutet sont encore trop irréguliers.

Tsonga et Gasquet prônent « la bienveillance », celle qui a manqué selon eux durant leur carrière. « Je suis fatigué des petites histoires, des petites guéguerres, des petits trucs à celui qui aura le plus de pouvoir, a déclaré Tsonga. J’ai surtout envie de bienveillance. C’est ce que j’essaie de faire avec les plus jeunes, ils sont déjà très bons. Le but est de les accompagner justement dans leur quête. Je pense que plus il y aura de bienveillance, plus on aura des champions ».

Il faut les aider à être positif, à croire en eux, et surtout ne pas avoir de frein ou un élastique dans le dos qui, en permanence, nous ralentit.

Jo-Wilfried Tsonga

« Bienveillance », ce mot revient régulièrement dans la bouche des deux intéressés. « J’ai envie que justement, nous qui sommes des anciens joueurs, un peu sur la fin, on essaie d’aider ces jeunes, poursuit Gasquet. On sait qu’aujourd’hui, c’est un moment un peu difficile. Jouer avec les jeunes, essayer qu’ils arrivent à progresser, qu’ils soient bons. Être bienveillant avec eux et que tout le monde sorte un peu de ce marasme qui est là aujourd’hui ».

Gasquet Roland-Garros 2021
Gasquet Roland-Garros 2021

Tsonga et Gasquet semblent se positionner pour tenter de changer les choses. Pour qu’un jeune compatriote se révèle. « Je pense qu’il faut les tirer vers le haut, il faut les monter, les aider à être positif, à croire en eux, pour pouvoir travailler sainement et donner le meilleur de soi-même, et surtout pas avoir de frein ou un élastique dans le dos qui, en permanence, nous ralentit », avoue Tsonga.

Ils estiment avoir un rôle à jouer. « Je pense que l’on peut aider cette jeune génération à arriver plus vite, parce que l’on connaît les erreurs et les choses qu’il faut faire pour arriver au très haut niveau », assure Gasquet.

La formation ? Pas un problème

De là à remettre en cause la formation ? Non. Une fois de plus, Gasquet et Tsonga sont raccord. « La formation en France a toujours été bonne, déclare le premier. Il y a énormément de très bons coachs dans toutes les ligues. Il y a des mecs passionnés ». Le second estime qu’il ne faut négliger aucun jeune, que ce soit à l’échelle départementale, régionale ou nationale. « Il faut que la Fédération leur donne aussi les moyens de s’exprimer et de pouvoir suivre leurs jeunes le mieux possible, que les joueurs soient accompagnés, peu importe où ils sont, à Lille, à Nice, à Paris. La Fédération, c’est la France entière, ce n’est pas juste un pôle ici à Paris, non. La Fédération, cela concerne tous les joueurs, tous les entraîneurs, et tous les gens qui gravitent autour du tennis. »

Le président de la FFT, Gilles Moretton, qui a déjà rencontré les Quatre Mousquetaires pour tenter de dresser un état des lieux sur le tennis français, a déclaré à L’Equipe, comment il comptait s’y prendre pour sortir un champion. Il s’oppose clairement à la politique de son prédécesseur, Bernard Giudicelli, qui incitait grandement les jeunes à se frotter dès le plus jeune âge à la concurrence internationale sur des tournois « Tennis Europe ». « Il ne faut pas brûler les étapes et vouloir gagner trop vite. Si tu demandes à un gamin de 11-12 ans, il va figer un style de jeu pour gagner, pas pour progresser. Il faut absolument qu’on mette l’accent là-dessus et ne pas forcément aller jouer des Tennis Europe, car c’était un leurre depuis quatre ans. »

Les propos sont forts, reste à voir comment Moretton et son équipe vont passer à l’acte. Ce qu’aime Tsonga : « Il y a un truc qui est sûr, c’est que je n’ai pas besoin de parler, je n’aime pas trop parler, ce n’est pas trop mon truc. Ce que j’aime, c’est faire, et je fais depuis longtemps. » Avec le Manceau, Moretton a peut-être trouvé un allié de taille pour redresser le tennis français.

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