Daniil Medvedev en 2021 : l’année de la consécration, et la confirmation d’une rivalité naissante avec Djokovic

Daniil Medvedev aura été le seul homme capable de battre Novak Djokovic en Grand Chelem cette année. Une victoire expéditive en trois sets en finale de l’US Open, un premier titre en Majeur, et une place de n°2 mondial : en 2021, le Russe s’est fait une place au soleil.

Daniil Medvedev, Tennis Majors 2021

Après une belle fin d’année 2020 (vainqueur du Rolex Paris Masters et de l’ATP Finals), Daniil Medvedev vient d’achever la meilleure saison de sa carrière. Avec, au bout, son premier Grand Chelem. Il a battu Djokovic en trois sets en finale de l’US Open : une rareté. Seuls Nadal, Federer, et Andy Murray ont réussi une telle performance face au Serbe.

  • Le classement de Medvedev fin 2020 : 4
  • Le classement de Medvedev fin 2021 : 2
  • Le bilan de l’année de Medvedev : 58 – 13
  • Les titres de Medvedev : 4

Le meilleur résultat en Grand Chelem de Medvedev : son premier titre lors de l’US Open

Il a réalisé son rêve, celui de tous les joueurs du circuit, et de toute sa génération, aussi. Celle d’Alexander Zverev, Matteo Berrettini, ou Stefanos Tsitsipas. Ils sont tous proches des 25 ans, et sont tous lancés dans cette course au premier Grand Chelem. Medvevev, lui, l’a fait. Il restera le premier de cette « Next-Gen », en tout cas. Dominic Thiem, vainqueur de l’US Open 2020, est déjà plus âgé (28 ans). Cette génération frappe plus fort que jamais à la porte du « Big Three ». Peut-être même du « Big One », désormais, puisque Rafael Nadal et Roger Federer apparaissent plus en retrait que Novak Djokovic, pour la septième fois n°1 mondial à la fin d’une saison. Désormais, Zverev, Berrettini, Tsitsipas, et évidemment Medvedev ont tous atteint une finale de Grand Chelem. Djokovic est éternel. Sûrement. Comme Federer ou Nadal. Mais à 34 ans, il n’est plus intouchable. Les « petits » sont devenus grands. Et le plus grand d’entre-eux s’appelle Medvedev. Son année 2021 est historique.

Après avoir atteint deux finales de Grand Chelem (US Open 2019, Open d’Australie 2021), Medvedev a triomphé au bout de sa troisième tentative, à l’US Open, cette année. Surtout, il a stoppé en finale Novak Djokovic, en trois petits sets (6-4, 6-4, 6-4) et 2h16 de jeu. Le Serbe venait de remporter les trois premiers Grand Chelem de la saison. Le Russe restait même sur une défaite contre lui, à Melbourne, en début d’année.

Daniil Medvedev, US Open 2021 (c) AI / Reuters / Panoramic

Meilleure performance : sa victoire en trois sets contre Djokovic en finale de l’US Open

La performance la plus remarquable de l’année 2021. La plus retentissante, en tout cas. A l’US Open, Djokovic était à la poursuite du Grand Chelem calendaire. Le n°1 mondial avait déjà remporté les trois premiers Majeurs de la saison.

Medvedev brise pourtant les rêves du Serbe. En finale, il surpasse Djokovic en trois sets (6-4, 6-4, 6-4), dans un court Arthur-Ashe pourtant finalement acquis à la cause du numéro un. Le Russe restera comme celui qui a empêché Djokovic de rejoindre Rod Laver dans l’Histoire, le seul à avoir remporté les quatre Majeurs en une année, en 1969.

Dès l’entame de match, le numéro deux a répondu au bras de fer engagé par Djokovic. Il a empoché la première manche. Mais remporter le premier set face au Serbe n’assure pourtant pas de la victoire. A quatre reprises au cours de la quinzaine, Djokovic a remonté ce handicap. Medvedev a pourtant confirmé dans la manche suivante. Il a écarté cinq balles de break, le visage froid, impassible. Djokovic, lui a craqué : d’abord en brisant sa raquette, puis en tombant en larmes, sur sa chaise, lors du troisième set. 

Plus en jambes, imparable en défense et clinique au filet, le Russe est allé chercher son premier Grand Chelem sous le poids de l’histoire, peut-être moins lourd pour lui que pour Djokovic.

L’exploit de Medvedev entre d’autant plus dans l’histoire. Sur onze finales perdues en Grand Chelem, Djokovic a été battu pour la quatrième fois en trois sets secs. Ils n’étaient que trois à avoir réalisé une telle performance. La dernière défaite remontait à Roland-Garros 2020, contre Nadal (6-0, 6-2, 7-5). Avant cela, il faut remonter à 2013, lorsque Andy Murray l’avait battu à Wimbledon (6-4, 7-5, 6-4). Six ans plus tôt, pour sa première finale en Majeur, Djokovic s’était incliné en trois sets face à Federer (7-6, 7-6, 6-4). Suite de l’histoire : Murray a remporté trois Grand Chelem, Nadal et Federer, 20.

Le meilleur moment de sa saison : sa célébration et sa communion avec le public de New-York

Sa célébration est mythique. Celle du « poisson mort », en hommage au jeu vidéo de foot FIFA. Elle a été saluée, applaudie (« Je la préparais depuis Wimbledon ») par le public de Flushing-Meadows. Ce même public qui l’avait tancé deux ans plus tôt.

Couvert d’applaudissements après son sacre, Medvedev s’est sans doute rappelé de ces sifflets qu’il avait subis quasiment lors de chaque match, il y a deux ans. « Vous n’avez pas idée de la force que vous me donnez ! » avait-il lancé aux tribunes déchaînées, dans une séquence de provocation devenue culte.

En septembre dernier, le public new-yorkais n’était peut-être pas encore totalement de son côté, en finale. « Mais je ne vous en veux pas, c’est normal !, a plaisanté le Russe après le match. Je vous adore ! Toute la semaine, vous m’avez donné tellement d’énergie ! » Tout est oublié, donc. « Je suis désolé pour tous les fans, a soufflé Medvedev après avoir battu Djokovic, avant de se tourner vers le numéro un mondial. Pour moi, tu es le plus grand joueur de l’histoire. »

Le « pire » moment de sa saison : la terre battue, « pire surface du monde »

Ce n’est pas une nouveauté : Daniil Medvedev n’aime pas la terre battue. Cela s’est (encore) vu cette saison. A Madrid, en mai, le Russe a échoué dès le 2e tour, battu par Cristian Garin (6-4, 6-7, 6-1). La semaine suivante, il est même éliminé d’entrée au tournoi de Rome, par Aslan Karatsev, en deux petits sets (6-2, 6-4).

« Ça vous plaît de vous vautrer dans la terre comme un chien ? », a-t-il lancé pendant la deuxième manche, après avoir qualifié la terre battue de « pire surface du monde ».

Déjà, fin avril, lors de la quatrième édition de l’UTS disputée sur ocre, il déclarait ouvertement au micro être « nul sur terre ». Le n°2 mondial venait d’être défait par Taylor Fritz.

Elément d’espoir : son quart de finale à Roland-Garros. Le Russe, qui n’avait jamais passé un tour à Paris, a semblé un temps réconcilié avec la terre battue. Il n’a lâché qu’un seul set lors des quatre premiers tours. Avant d’échouer face au futur finaliste, Stefanos Tsitsipas (6-3, 7-6, 7-5).

Hors-court : la nouvelle notoriété de Medvedev

Lors d’un live Instagram avec son équipementier Tecnifibre, Medvedev est revenu sur son nouveau statut de vainqueur de Grand Chelem : 

« Quand tu gagnes un tournoi du Grand Chelem, il est clair que ta notoriété augmente, a souri le Russe de 25 ans. Après, pour l’instant, ça se passe bien. Je n’ai pas vu de paparazzis en face de chez moi ! C’est l’avantage d’habiter à Monte-Carlo.»

Il y a des fans qui viennent vers moi, et je me demande tout le temps : « Ah, est-ce qu’il me reconnaît ? Est-ce qu’il veut une photo ? »

Daniil Medvedev

«Par contre, je dois avouer que je suis confronté à de nouvelles situations. Il y a des fans qui viennent vers moi, et je me demande tout le temps :  »Ah, est-ce qu’il me reconnaît ? Est-ce qu’il veut une photo ? » Le tout est de parvenir à trouver le bon équilibre entre la vie de champion et celle de tous les jours. »

Medvedev par Medvedev : « J’en veux encore plus »

Lors de ce live pour Tecnifibre, Medvedev a expliqué être « satisfait » de son année. A part son premier Grand Chelem, le Russe a remporté le Masters 1000 du Canada. Il s’est aussi hissé en finale du Rolex Paris Masters, et du Masters de fin d’année.

« Bien sûr, vous en voulez toujours plus », a-t-il avoué. Mais il y a 20, 25, 30 tournois pas an. Nous n’avons jamais vu quelqu’un remporter tous les matchs. Nous savons tous que nous pouvons en perdre. J’ai eu quatre titres cette année, et bien sûr que j’en veux encore plus ! Je me concentre à devenir un meilleur joueur, pour essayer de gagner d’autres tournois.»

Avant l’US Open, il déclarait vouloir faire en sorte que « le Big 3 s’arrête à 20 Grands Chelems chacun ». Pari (pour l’instant) réussi.

Medvedev a d’ailleurs menacé de détrôner Djokovic de sa première place mondiale jusqu’en fin de saison. Djokovic n’a assuré sa place de n°1 qu’en novembre, au Rolex Paris Masters, en se qualifiant pour la finale face à… Medvedev. « La place de n°1 est un objectif légitime, nous a confié son entraîneur Gilles Cervara, en septembre. Gagner l’US Open n’est qu’une étape ». Son joueur ne s’en cache d’ailleurs pas auprès de l’ATP : « La place de n°1 mondial ? C’est mon objectif ». Lui, comme tous les membres de la « Next-Gen », en meurent d’envie. Ce sera l’objectif pour 2022. Medvedev en est, en tout cas, le plus proche.

L’avis de Tennis Majors

En septembre, juste avant l’US Open, la psychanalyste de Medvedev, Francisca Dauzet, nous déclarait que le Russe était doté d’un « potentiel mental monstrueux ». Il l’a magnifiquement prouvé, tout au long de l’année, jusqu’à sa première victoire en Grand Chelem. Son relâchement, son phrasé, son style parfois peu académique ont conquis le monde du tennis, y compris le public de New-York.

Sa rivalité avec Djokovic est d’ailleurs devenue un classique cette année. Les numéros 1 et 2 mondiaux se sont affrontés trois fois en finale : lors de l’Open d’Australie, à l’US Open et au Rolex Paris Masters. Bilan : Deux victoires à une en faveur du Serbe. Rendez-vous en 2022.

Novak Djokovic et Daniil Medvedev, US Open (c) AI / Reuters / Panoramic
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