Barbora Krejcikova en 2021 : magistrale entrée parmi les grandes

Barbora Krejcikova a déjoué tous les pronostics en raflant un premier titre du Grand Chelem à Roland-Garros cette année. A 25 ans, la Tchèque a fracassé la barre du top 50 pour finir 2021 à la 5e place mondiale. Retour sur la saison complètement folle du phénomène Krejcikova, aussi brillante en simple qu’en double.

Barbora Krejcikova, 2021, Tennis Majors © AI / Reuters / Panoramic

Quelle année ! Plus connue pour ses résultats en double qu’en simple au début de la saison, Barbora Krejcikova a explosé au plus haut niveau à l’âge de 25 ans. En 2020, elle avait créé la surprise en atteignant la deuxième semaine de Roland-Garros en tant que 114e joueuse mondiale. Ce résultat lui avait permis d’entrer enfin dans le top 100 après plusieurs années de tentatives et d’obtenir la confiance qui lui manquait.

Cette année, la Tchèque est passée dans une toute autre dimension en intégrant l’élite du top 10. Avec trois titres dont un premier en Grand Chelem à 25 ans, Roland-Garros, Krejcikova est l’une des joueuses qui a marqué l’année 2021 – sur et en dehors du court. La WTA l’a d’ailleurs élue meilleure progression de l’année et meilleure équipe de l’année pour ses résultats en double avec Katerina Siniakova.

  • Classement de Krejcikova fin 2020 : 65 (n°7 en double)
  • Classement de Krejcikova fin 2021 : 5 (n°2 en double)
  • Bilan de l’année : 45 / 18
  • Titres : 3 (5 en double et 1 en double mixte)
Barbora Krejcikova, Roland-Garros 2021
Barbora Krejcikova, Roland-Garros 2021, © Propixo

Meilleure performance de Krejcikova : Un doublé historique à Roland-Garros

Pour sa cinquième apparition en Grand Chelem, Barbora Krejcikova a réalisé une performance rare en devenant la septième joueuse à faire le doublé simple-double à Roland-Garros. La première depuis Mary Pierce en 2000. Elle intègre un cercle très fermé et prestigieux composé de Billie Jean King, Margaret Court-Smith, Chris Evert, Virginia Ruzici, Martina Navratilova et donc Mary Pierce.

Au lendemain de son premier sacre en Grand Chelem en simple aux dépens d’Anastasia Pavlyuchenkova, elle est revenue sur le court Philippe-Chatrier pour s’imposer aux côtés de Katerina Siniakova. La paire tchèque a soulevé son troisième titre du Grand Chelem ensemble après Roland-Garros et Wimbledon en 2018.

Son année en Grand Chelem : Un titre à Roland-Garros et un quart de finale à l’US Open

En arrivant à Roland-Garros, Krejcikova était plus connue pour ses résultats en double qu’en simple (numéro 1 mondiale en 2018, 2 titres du Grand Chelem avec Siniakova et 3 en double mixte). Au fur et à mesure du tournoi, la 33e joueuse mondiale a perdu son statut de spécialiste de joueuse de double en révélant son potentiel en simple.

La native de Brno a épaté par son sens tactique, sa maîtrise des angles et son jeu tout en variations. Son succès sans appel (6-3, 6-2) au troisième tour face à la tête de série numéro 5 Elina Svitolina lui a servi de détonateur. C’était sa deuxième victoire en carrière contre une top 10 en carrière, après celle sur Sofia Kenin à Rome.

L’ancienne vainqueure en Grand Chelem Sloane Stephens, la pépite américaine Coco Gauff, la terrienne Maria Sakkari, et enfin l’expérimentée Anastasia Pavlyuchenkova en finale, ont rendu les armes tour à tour. Krejcikova a même sauvé une balle de match contre Maria Sakkari en demi-finales pour s’imposer après trois heures de combat (7-5, 4-6, 9-7).

https://youtu.be/DrtZTrFV9qQ

Barbora Krejcikova connaissait déjà Flushing Meadows et son ambiance bouillante, mais elle ne l’avait jamais vécue de l’intérieur pendant la quinzaine. Après cinq échecs en qualifications, elle est arrivée cette année par la grande porte et même avec l’étiquette de tête de série et de vainqueur de Grand Chelem collée aux baskets. La pression aurait pu la scotcher, mais elle s’est hissée en quarts de finale. Un résultat épatant pour une première participation.

Victime de problèmes respiratoires et de douleurs à l’abdomen en fin de deuxième set face à Garbiñe Muguruza en huitièmes de finale, elle a puisé dans ses réserves pour battre l’Espagnole (6-3, 7-6[4]). Au tour suivant, elle n’a pas fait le poids face à la puissance de la numéro 2 mondiale Aryna Sabalenka (6-1, 6-4).

Le meilleur moment de la saison de Krejcikova : 70 jours de bonheur avec l’or à la clé

En moins de trois mois, Krejcikova a gagné plus qu’elle ne l’espérait dans toute sa carrière. Entre le 24 mai, date de son entrée en lice à Strasbourg et le 1er août, jour de son sacre olympique en double, la Tchèque a empilé les succès. Elle a ouvert son palmarès en France, en dominant Sorana Cirstea en finale (6-3, 6-3) du WTA 250 strasbourgeois. Puis, elle a enchaîné par un sacre à Roland-Garros, soit 12 matchs de rang remportés.

Après un passage par le gazon de Wimbledon, où elle a atteint la deuxième semaine, battue par la future vainqueure Ashleigh Barty, elle s’est offert un triomphe chez elle à Prague sans perdre un set du tournoi.

En s’envolant pour Tokyo, elle avait pour objectif de ramener l’or olympique en double avec Katerina Siniakova. Et elle ne s’est pas ratée. Malgré sa sortie de route en huitième en simple face à la future lauréate Belinda Bencic, elle a obtenu sa revanche en finale en s’imposant en deux sets (7-5, 6-1) contre la paire Bencic/Golubic.

Je ne m’attendais à ce que les JO aient plus d’importance que mon titre à Roland-Garros.

Barbora Krejcikova

« C’est énorme, en particulier chez nous, a confié la championne olympique à Tennis Majors. Même les gens qui ne suivent pas vraiment le tennis, pendant les Jeux Olympiques, ils le font. Moi et ma partenaire, nous avons écrit l’histoire là-bas. »

« Je ne m’attendais à ce que les JO aient plus d’importance que mon titre à Roland-Garros, parce que j’avais l’impression que c’était déjà énorme. Mais après avoir remporté l’or, j’ai compris que les JO étaient vraiment au-dessus. Et j’étais heureuse de ne pas en avoir pris conscience avant, parce que je pense que j’aurais été plus nerveuse. »

LE « PIRE » MOMENT DE SA SAISON : Aucune victoire au Masters en simple

Barbora Krejcikova a découvert le Masters de fin d’année à Guadalajara. Mais la douceur mexicaine ne lui a pas porté bonheur. Résultat : trois défaites en trois matchs. Anett Kontaveit, Garbiñe Muguruza et Karolina Pliskova l’ont tour à tour dominée en phase de poules.

Elle a même perdu ses deux derniers matchs alors qu’elle menait d’un set. Pourtant si solide tout au long de la saison dans les matchs à rallonge (2 défaites en 15 matchs en trois sets), Krejcikova a calé sèchement. Ses deux défaites en Billie Jean King Cup (face à Kerber et Bencic) avant de disputer son dernier tournoi de l’année, amorçaient une baisse de régime.

Elle a toutefois pu atténuer la déception en double avec sa partenaire Siniakova. La paire a remporté le Masters en terminant invaincue.

Krejcikova hors du court : une voix forte au micro

Krejcikova a ému spectateurs et téléspectateurs à plusieurs reprises cette année Après avoir dédié son titre à Roland-Garros à son ancienne entraîneur Jana Novotna, décédée en 2017, elle a délivré probablement le discours le plus marquant de l’année après son titre en double au Masters.

Le jour du 32e anniversaire de la révolution de velours, Krejcikova a commémoré cet événement historique qui a provoqué la chute du régime communiste et participé à l’ouverture du rideau de fer.

« Le 17 novembre 1989, les Tchèques et les Slovaques formaient une seule nation. Nous avons eu des étudiants et des citoyens tchécoslovaques très courageux. Ils sont sortis dans la rue et ils ont manifesté contre le régime non démocratique que nous avions alors. »

Grâce à eux et à leur sacrifice, ma génération peut vivre dans un beau pays à nouveau et nous pouvons vivre sans aucune restriction et en toute liberté.

Barbora Krejcikova

« Grâce à eux et à leur sacrifice, ma génération peut vivre dans un beau pays à nouveau et nous pouvons vivre sans aucune restriction et en toute liberté », a-t-elle ajouté.

Martina Navratilova, qui prenait part à la cérémonie de remise des prix, est apparue bouleversée à l’arrière-plan. L’ancienne joueuse tchécoslovaque naturalisée américaine en 1981 avait demandé l’asile politique. « Nous avons ici Martina Navratilova qui a été poussée à émigrer de Tchécoslovaquie à cause du régime », a déclaré Krejcikova. « Je suis vraiment heureuse que le régime ne soit plus là et que nous puissions vivre en liberté. »

KREJCIKOVA PAR KREJCIKOVA : « J’ai accompli tous mes rêves »

« J’ai toujours senti que j’avais le jeu pour le faire, a assuré Krejcikova dans l’entretien qu’elle a accordé à Tennis Majors. Quand je m’entraînais avec toutes les meilleures filles, je trouvais que je jouais bien avec elles. Ça m’a juste pris un peu plus de temps pour organiser mon jeu et trouver mes armes. Je pense que c’est pour ça que ça m’a pris plus longtemps. »

Je prends plus de plaisir qu’il y a un an, quand je cherchais toujours à entrer dans le Top 100 sans réussir.

Barbora Krejcikova

« Je pense que je suis simplement plus calme et j’en profite. Je prends plus de plaisir qu’il y a un an, quand je cherchais toujours à entrer dans le Top 100 sans réussir. C’était une période vraiment difficile. Maintenant que j’ai accompli tous mes rêves, je n’ai plus qu’à y aller, vraiment profiter, jouer au tennis et faire ce que j’aime. »

L’AVIS DE TENNIS MAJORS : Un parcours atypique

On ne vous mentira pas, on ne l’avait pas vu venir. Barbora Krejcikova a surpris les observateurs en s’imposant à Roland-Garros et en terminant l’année à la 5e place mondiale. A 25 ans, la Tchèque a explosé tardivement au plus haut niveau, mais elle bénéficie d’une solide expérience en double sur laquelle s’appuyer. C’est d’ailleurs ce qu’elle a fait pour résister à la pression sur la route vers son titre à Roland-Garros et se sortir de situations tendues.

A voir comment elle gère son calendrier de double avec des objectifs plus élevés en simple sur toute une saison. Jouer sur les deux tableaux sera peut-être plus compliqué. Mais, quand on voit la voit aussi bien s’exprimer en double, on ne peut que se réjouir d’avoir une top 5 tirer des enseignements et du plaisir d’une discipline si souvent délaissée par les meilleur(e)s.

Malgré sa trajectoire atypique, Krejcikova a toutes les armes pour rester en haut de l’affiche. Joueuse complète, toujours bien positionnée, elle sent le jeu et utilise à merveille les angles du court et les variations. Si elle arrive à maintenir intacte sa passion pour le jeu, elle pourrait à nouveau frapper fort en Grand Chelem.

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